Faits divers

Le gestapiste revenait aussi en Belgique pour retrouver à Overijse son amie du temps de guerre

BRUXELLES Van Aerschodt, que tout le monde en Belgique croyait mort depuis un demi-siècle, ne fait même pas son âge. Sur cette photo d'octobre 2006, le gestapiste porte bien ses presque 86 ans. À peine le Grand Blond avec son Revolver grisonne-t-il : la mine reste déterminée et discrètement souriante.

Rien ne trahit le passé du responsable hennuyer des kommandos de chasse de la Werbestelle, le spécialiste des razzias dont le terrain de traque s'étendait aussi sur une partie du Brabant wallon. En mai 40, Van Aerschodt n'a pas 18 ans. Rexiste de la première heure, fana inconditionnel de Degrelle, il en devient l'un des plus féroces collabos de l'occupant, qui l'envoie en stage en Allemagne dans les HitlerJügend. Dès 1941, "tout le monde à La Louvière a la frousse de lui".

Les Allemands lui remettent deux armes avec utilisation d'usage. Dans l'ignominie, Van Aerschodt ira jusqu'à livrer un de ses propres enseignants qui, lors d'un cours, avait osé critiquer Hitler. Le malheureux, qui sera arrêté, ne sera jamais déporté : son dossier va passer entre les mains d'un Allemand qui trouvera les charges trop légères. Van Aerschodt est accusé aussi d'avoir encouragé des déportations en Ukraine.

Les Allemands ne le payaient pas seulement sur son tableau de chasse. Paul Van Aerschodt se payait lui-même en confisquant les tickets de rationnement des malheureux qu'il dénonçait.

Toutes ces années, il est resté en contact avec sa sœur B. en Belgique.

Celle-ci, qui s'est mariée, restée méfiante, n'a jamais confié aux banques l'argent de son couple : tout se trouvait dans une valise.

Le mari est mort le 24 octobre 2008. Cupide comme sous l'Occupation, Van Aerschodt a su alors que le moment était enfin arrivé de rafler la valise à sa sœur, et ses 832.000 euros.

Dans l'ombre, d'anciens résistants attendaient.

On peut imaginer que lorsqu'il fut arrêté de façon un peu musclée en rue à Bruxelles et jeté dans une voiture comme un paquet de linge sale, le condamné à mort de 1946 a dû penser que son heure était venue.

La mort dans l'âme, ses ravisseurs ont dû le rassurer : aujourd'hui bien sûr, la Sûreté observe les règles.



© La Dernière Heure 2009