Le 6e meurtre de Belliraj

Gilbert Dupont Publié le - Mis à jour le

Faits divers

En août 1988, un Bruxellois de 53 ans fut tué non parce qu'il était juif, mais homosexuel. Toujours au pistolet 7,65 mm !

BRUXELLES Selon nos infos, la dernière des six victimes à identifier d'Abdelkader Belliraj est connue depuis hier. Il s'agit de M. Marcel Bille, un Koekelbergeois de 53 ans tué en 1988 d'une balle de 7,65 mm dans la tête : 7,65 mm, le calibre de Belliraj. Avec le Dr Jo Wibran et l'épicier de Saint-Gilles Raoul Schouppe, Abdelkader Belliraj aura donc tué trois Belges. Mais c'est à Braine-le-Château que le corps de M. Bille fut trouvé en août 1988. L'affaire était traitée par le parquet de Nivelles, ce qui explique qu'il ait fallu trois semaines depuis l'arrestation de Belliraj pour retrouver ce dernier dossier.

Belliraj a tué le Dr Wibran parce qu'il était juif, modéré et représentatif; l'imam Abdullajh el-Hasi et le bibliothécaire du Centre culturel islamique de Bruxelles Salem el-Behir parce qu'ils préconisaient le dialogue après les Versets sataniques de Rushdie; le chauffeur égyptien de l'ambassade saoudienne parce qu'il aidait un pays pro-américain.

Dans son épicerie proche de la gare du Midi, l'ancien adjudant Raoul Schouppe, qui avait 65 ans, fut tué parce que, ancien de la Force aérienne, il ne faisait pas mystère de ses origines juives. Sixième dans la liste, Marcel Bille a été tué parce qu'il était homosexuel. Parions que l'enquête établira que M. Bille draguait des prostitués dans les milieux allochtones. C'est la seule façon : Belliraj a dû l'apprendre et c'est ce qui a déterminé son choix.

Le cadavre du Koekelbergeois fut trouvé le 16 août 1988 dans un bois de Braine-le-Château près de la rue Saint-Véron. Une balle dans la tête, tirée sous l'oreille. Dès le mois suivant, feu l'expert balistique Claude Dery liait l'exécution de Marcel Bille au meurtre de Raoul Schouppe le 28 juillet précédent dans l'épicerie de la rue de Mérode.

À l'époque, nous écrivions : "La même arme réapparaît [...]; les policiers se demandent comment ils pourront empêcher d'autres victimes" . En fait, on avait donc détecté très vite la main d'un tueur en série... ce qui n'empêcha nullement les quatre assassinats de 1989. Cinq eurent pour cadre l'arrondissement judiciaire de Bruxelles. Qu'un sixième ait été confié au juge nivellois Marc Cruysmans (compétent pour Braine-le-Château) explique, vingt ans plus tard, le retard mis à retrouver ce dossier.

Dès son arrestation le mois passé, Belliraj a cité, depuis le Maroc, six assassinats commis en Belgique avec le même type d'arme, sinon la même arme. Et tous se sont vérifiés. S'agissant de meurtres dont la police belge elle-même avait parfois oublié l'existence, il ne peut s'agir d'un hasard. Le simple fait de les avoir cités constitue une forme d'aveux. En parlant de meurtres "entre 1986 et 1989" , Belliraj ne se trompait que sur les dates : tous dataient de 1988 et 89.

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