Faits divers On lui reproche des ventes massives de munitions à des pays soumis à un embargo sur les armes

"J’ai un patrimoine important, je n’avais pas besoin de cela. J’étais rentier et je le suis toujours" , a déclaré Jacques Monsieur, jeudi, interrogé par le président de la 12 e chambre de la cour d’appel de Bruxelles. Celui qui est surnommé "le maréchal" a affirmé qu’il ne vendait plus d’armes depuis le début des années 2000. Il a toutefois déclaré "avoir reçu des demandes" de temps en temps.

L’homme, âgé d’une soixantaine d’années, a contesté avoir perçu des sommes d’argent en agissant comme intermédiaire lors de ventes illicites d’armes, entre 2006 et 2009. Discrètement sur un coin du banc des prévenus, il a ensuite écouté la procureure fédérale, en prenant assidûment des notes.

La magistrate n’a pas mâché ses mots lorsqu’elle a pointé du doigt Jacques Monsieur comme membre d’une organisation criminelle. Elle a longuement cité des mails échangés entre le prévenu et des vendeurs d’armes, où il est question, par exemple, d’une demande d’offre pour 10 millions de cartouches à destination de l’Iran, de 200.000 fusils d’assaut à destination du Tchad ou encore d’une commande de six avions C-137, équipés en armement.

"Il est difficile de savoir ce qui a été négocié et ce qui a été perçu car tout est occulte. Mais il apparaît en tout cas que le compte bancaire de la compagne du prévenu a servi de compte de transit pour ses opérations à lui", a-t-elle dit.

"La destination des armes est souvent dissimulée lors des échanges de mails, mais on sait que lorsqu’ils parlent de ‘nos amis barbus’, ils parlent des Iraniens. Il ressort clairement de ces échanges que le prévenu est en contact avec les fournisseurs, qu’il prévoit des conventions de vente avec une société écran basée à Curaçao, mais aussi qu’il cherche les financements", a poursuivi la procureure.

Jacques Monsieur , fils d’un notaire du Brabant flamand, s’était fait connaître dans le commerce d’armes dès les années 1980. Il avait permis à l’Iran d’obtenir le matériel militaire que les Américains refusaient de vendre à ce pays, après la montée au pouvoir des ayatollahs. Jacques Monsieur avait été condamné aux États-Unis dans cette affaire, appelée "Iran-Contra".

Son nom avait aussi été cité dans le dossier "Elf-Aquitaine" où il était soupçonné d’avoir livré, au nom de la compagnie pétrolière française Elf, des armes à Pascal Lissouba. Ce dernier était président du Congo-Brazzaville à la fin des années 1990, en pleine guerre civile congolaise. Le procès se poursuit ce vendredi.