Faits divers Le corps probable du ministre rwandais était nu, sans bijoux ni vêtements...

BRUXELLES Dès dimanche matin, nous laissions entendre que c'était probablement le corps de l'ancien ministre rwandais Juvénal Uwilingiyimana qui avait été repêché samedi après midi à Bruxelles dans le canal de Charleroi.

L'autopsie pratiquée hier midi apporte des éléments qui vont dans ce sens sans pour autant avoir un caractère définitif. Le corps est bien celui d'un Africain. L'âge peut correspondre ainsi que la coiffure et la pointure des pieds. Il s'agit d'un corps ayant séjourné au moins dix jours dans le canal, ce qui est compatible également avec la disparition qui remonte au 21 novembre déjà. D'autres éléments vont dans le même sens mais cela ne suffit pas.

Pour le parquet de Bruxelles, si rien n'exclut qu'il s'agisse effectivement de M. Juvénal Uwiligiyimana, seules des analyses d'ADN, dont le résultat peut prendre 15 jours, permettront de lever les derniers doutes. A ce stade, il n'est pas permis d'affirmer que le corps repêché ce week-end à hauteur de la place Sainctelette est bien celui de cet homme de 54 ans, marié, père de cinq enfants, qui fut de 1990 à 1994 le directeur des parcs nationaux rwandais et de l'Office national du tourisme.

En revanche, l'enquête ne fait que commencer: aucun vêtement (pantalon, chandail, chemise, etc.) n'a été retrouvé ni les bijoux que le Rwandais portait au moment de sa disparition. Bien qu'incertaine encore sur l'identité, la famille, déjà, met en doute la thèse d'un suicide.

Son avocat, Me Sven Mary, se pose les mêmes questions essentielles: le corps de M. Uwilingiyimana - si c'est bien lui - a été retrouvé exactement comme si » on» avait voulu empêcher ou retarder son identification. Et c'est précisément ce qui rend perplexe dans un dossier de portée internationale: suspecté de génocide (sa participation qu'il niait au massacre de 4.200 Rwandais en avril 1994), Uwilingiyimanadéfendait une position qui dérange, contraire à l'opinion adoptée depuis sa création par le tribunal pénal international avec lequel Juvénal venait de refuser de continuer de collaborer lorsqu'il a disparu. Suicide ou «suicide» ? L'ancien ministre devait avoir pas mal d'ennemis dans certains milieux rwandais très présents à Bruxelles. Me Mary va à présent exiger que toute la vérité soit faite. Hier, la police arecherché sur les berges du canal les vêtements et objets personnels de M. Uwilingiyimana. A ce stade, l'enquête n'a pas pu déterminer la cause du décès.

© La Dernière Heure 2005