Faits divers 80 jours d'horreurà Marcinelle rapportés par Sabine Dardenne

TOURNAI Tout le monde se souvient de la libération inespérée de Sabine Dardenne à Marcinelle.

Pour la première fois, près de sept ans après cette délivrance, Sabine a brisé le silence en acceptant de répondre à la presse dans le cadre du dossier Dutroux. Aujour- d'hui, la jeune fille, blonde, mince et jolie, a 18 ans. Cette jeune Kainoise est une des deux rescapées de l'affaire Dutroux. Son témoignage est donc capital.

Le 28 mai 1996, Sabine Dardenne était enlevée par Marc Dutroux et Michel Lelièvre alors qu'elle se rendait à bicyclette au Collège de Kain. Le 15 août 1996, elle était délivrée, avec Laetitia Delhez, de la fameuse maison située rue de Philippeville à Marcinelle. Sabine Dardenne s'est replongée dans ces 80 jours d'horreur. «Tout s'est passé très vite. Je roulais tranquillement à vélo, je n'ai rien vu venir», raconte Sabine lorsqu'elle évoque l'enlèvement. A l'intérieur de la camionnette où se trouvent Dutroux et Lelièvre, on la force à prendre des médicaments avec du Coca. «J'étais étourdie, mais je ne dormais pas. Je me rendais compte que le véhicule empruntait l'autoroute et qu'il roulait vite.» La jeune Kainoise est transportée de la camionnette à la maison dans un coffre en fer. Une longue séquestration suit...

Durant ces 80 jours, elle ne quittera plus la maison, en particulier les deux chambres de l'étage, le rez-de-chaussée et surtout la cave. Même si elle entendra des voix à l'extérieur, elle n'aura que Dutroux comme interlocuteur. «Pour lui, il m'a sauvé la vie. Il était le gentil, il me protégeait contre une personne qui, selon ses dires, me voulait du mal et qui demandait de l'argent à mes parents. Je le croyais. Je me demandais même pourquoi mes parents ne donnaient pas des sous.»

Boire ou se laver

Sabine, qui semble épanouie, a connu des conditions de vie déplorables. «Je n'ai plus jamais porté mes propres habits. Dutroux m'avait rapporté un short et une chemisette. Il n'y avait rien de chaud à manger. Il fallait souvent manger des boulettes froides à la sauce tomate. Au bout de trois jours, le pain devenait tout moisi. Je pouvais me laver quand il le décidait. Je disposais d'un jerrycan d'eau pour boire. Il fallait donc choisir: se laver ou boire.»

Durant ces 80 jours, Sabine Dardenne n'est jamais sortie. «Je lisais mes cours qui étaient restés dans mon cartable. J'écrivais à mes parents. Je racontais mes journées. D'après Dutroux, mes parents étaient méchants car ils ne voulaient pas donner de l'argent.» Sabine lit encore ces lettres «pour garder la mémoire avant le procès».

Ce n'est que lorsque Laetitia est arrivée que Sabine s'est rendu compte que tout le monde la cherchait à l'extérieur. Le 15 août 1996, ce cauchemar s'achevait.

C'est devant les assises d'Arlon que Sabine Dardenne et ses parents devront se présenter. L'avocat de la jeune fille, Me Rivière, a précisé qu'elle attendait la confrontation avec Dutroux.

Ce sera sans aucun doute un moment très dur mais nécessaire à sa reconstruction.

© La Dernière Heure 2003