Le père de Younès exaspère même ses avocats !

Christian Hubert Publié le - Mis à jour le

Faits divers

L’interrogatoire de Mohamed Jratlou a mis en lumière un homme désarçonnant et confus, qui n’a guère marqué de points !

BRUXELLES Le président de la cour d’assises de Mons, Olivier Delmarche, n’a pas pu cacher son irritation à plusieurs reprises lorsque Mohamed Jratlou, le père du petit Younès, seul accusé du meurtre, répondait systématiquement à côté de ses questions, de manière toujours confuse et souvent désarçonnnante.

Plus curieux, l’accusé a même réussi à exaspérer ses propres avocats, Xavier Magnée et Adil El Malki : “Oui, il est exaspérant, soupire Xavier Magnée, il m’irrite aussi, je suis un des plus sévères par rapport à son attitude… mais ça n’enlève rien au fait qu’il est innocent.”

Il faut bien convenir que, sur les points essentiels, ceux qui constituent de fortes présomptions de culpabilité, il n’a apporté aucun élément qui aurait pu lui être utile, au grand dam de ses défenseurs. Ni sur les traces de sang de Younès, découvertes dans la maison familiale, ni sur le fait que les pieds du petit étaient intacts, sans coupure, alors qu’il a, soi-disant, marché pieds nus dans la rue. Ni sur le fait que l’enfant a manifestement été transporté en voiture après sa mort, ni sur les différentes zones d’ombre dans l’emploi du temps de l’accusé.

Mohamed Jratlou a confirmé être alcoolisé lors de la nuit tragique : “Parfois, je bois un verre; quand je fais des courses, j’achète quelques cannettes de bière et je les bois au garage, mais ma femme a horreur de l’odeur de la bière, et alors, on commence à se disputer.”

Ce soir-là, au bal des pompiers, il avait tellement bu qu’il est allé dormir chez un ami avant de rentrer chez lui.

Malgré l’insistance du président et de son avocat, il s’attarde sur la beuverie de la veille, mais bien plus difficilement sur la nuit fatale : “Je voulais dormir près des miens, ma femme m’a repoussé, elle est plus forte que moi, je suis malade, j’ai eu jadis un cancer. Elle a arraché ma chaîne en or, et je lui ai donné un coup pour me défendre.”

Pourquoi a-t-il détruit la carte SIM de son téléphone portable, ce qui empêcha de téléphoner à la police ? “Parce que ma femme téléphonait tout le temps au Maroc et ça coûte cher.”

Pourquoi avoir laissé planer la suspicion sur la disparition de cette carte ? “Parce que les enquêteurs ne m’ont pas posé la question.” Ce n’est pas ce qui figure au dossier, dit le président.

Pourquoi avoir échangé une phrase en marocain (sic) avec Wasir ? demande le président. Pour que la police ne comprenne pas ? “Je ne me souviens plus.”

Pourquoi vit-on beaucoup votre voiture sur les quatre caméras de surveillance et jamais Younès ? “Je ne sais pas.”

Sur les blessures de Younès, déterminantes, Jratlou nie les avoir vues : “C’est Wasir qui m’en a parlé, il s’était blessé avec des morceaux de verre.”

Pour l’accusé, les choses sont simples : il est parti à pied à la recherche de sa femme qui s’était sauvée pour lui échapper. Ne la trouvant pas, il est revenu chercher les clés de sa voiture, et c’est là qu’il aurait constaté la disparition de Younès : “Je l’ai cherché pendant des heures en voiture, je ne l’ai plus vu, mais j’ai retrouvé ma femme qui m’a dit que l’enfant était à la maison.”

Eh bien non, il n’y était plus !



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