Faits divers Selon le médecin légiste, la Binchoise tuée sur un parking à Mons présentait jusqu’à 75 plaies.

Les collèges d’experts (police, juge d’instruction, médecin légiste) ont défilé toute la journée devant la cour d’assises du Hainaut pour exposer et détailler les éléments d’enquête sur le meurtre de l’étudiante binchoise, Laetitia Bauwens, 22 ans. Elle a été tuée sur le parking du hall des expositions à Mons, le 22 avril 2017, aux petites heures du matin, un samedi.

Un fait est certain après avoir entendu les différents témoignages des experts : Laeticia Bauwens s’est débattue et défendue jusqu’au bout ! "Ça ne m’étonne pas d’elle", nous disait d’ailleurs son père, Jean-Marc Bauwens, à la fin de cette première journée. "Voir ces images, c’était terrible. Je pense qu’elle est morte parce que justement, elle s’est défendue."

Le médecin légiste a présenté son rapport à la cour et ses conclusions sont sans appel. "La victime présente de nombreuses plaies, certaines sont très profondes, principalement au visage et sur le haut du corps. Trois plaies importantes, de 7,5 cm, au niveau de la gorge, attestent de plusieurs coups de couteau portés."

Au total , 75 plaies sont relevées par le médecin légiste, dont des entailles profondes, des coupures, des éraflures, des sections, une morsure sur la main… Les photographies de l’autopsie témoignent d’un certain acharnement. "À un moment donné, la victime a dû saisir le couteau. Les plaies au niveau des mains et du visage sont nombreuses et significatives. J’estime qu’elle a reçu entre 40 et 50 coups de couteau", a encore stipulé le médecin légiste.

L’accusé dément ou plutôt ne se souvient pas. "Je n’ai pas le souvenir d’avoir mis autant de coups. J’en suis même certain. Pour moi, j’ai donné un ou deux coups de couteau. Le reste, ce sont des lésions de défense. J’aurais couché avec elle, sous la menace du couteau, dans sa voiture, mais elle est morte" , dit-il à la cour, passablement agacé de "répéter pour la 50e fois la même chose".

Laetitia Bauwens a-t-elle souffert ? Question difficile à laquelle le médecin légiste n’a pas pu répondre de manière définitive. "Le décès est survenu relativement vite. Une veine jugulaire sectionnée, il y a eu suffocation ce qui a accentué la vitesse du décès. La perte de sang a été colossale." En seulement trois minutes, la vie de Laeticia a basculé dans l’horreur. "Elle a lutté jusqu’à son dernier souffle", résume Me Mayence, conseil de la maman de la victime. "Avec les blessures qu’elle présente, l’accusé veut présenter ses excuses un peu lamentablement mais pour pouvoir les entendre, il faudrait déjà donner des explications cohérentes."

Les débats reprendront ce mardi, avec les différents témoignages.

Une agression à but sexuel 

La cour a entamé ses travaux par l’interrogatoire de Cédric Maton (33 ans), accusé de meurtre, de tentative de vol avec circonstances aggravantes et de tentative de viol et/ou attentat à la pudeur.

Depuis un peu plus d’un an, l’accusé change sa version des faits. Ce lundi, il reconnaissait désormais qu’il s’était dirigé vers la Ford Fiesta de la victime dans le but de "l’agresser sexuellement". Il voulait "assouvir ses pulsions. Je me sentais un peu seul, c’est tout".

Jamais au cours de ses auditions par les enquêteurs de la police judiciaire fédérale, ni par le juge d’instruction, ni lors de la reconstitution des faits, Cédric Maton n’avait développé ces éléments. Au contraire, dès que sa sexualité était abordée, il s’était emporté. "Pour cela, je vais aux putes" ou encore "si j’avais voulu la baiser, je n’aurais pas des photos dans mon GSM d’une autre fille que j’aurais pu aller rejoindre".

Lors de son interpellation le 28 avril 2017 au matin, il a été retrouvé avec des préservatifs et du lubrifiant à caractère sexuel. Selon l’enquête de moralité, il est décrit comme " un dragueur lourd", "impulsif" et "agressif".

Ce samedi-là, il avait quitté son domicile de Wasmes pour se rendre chez son parrain, qui réside du côté du centre commercial de Mons. À bord d’un bus TEC, il a fait le trajet jusqu’à la gare où il a emprunté la passerelle piétonne. Les caméras du dépôt TEC, aussi celles dans le bus, ont non seulement permis son identification, mais aussi de retracer son parcours le jour des faits. Malgré une phase de déni, face aux éléments de preuves soumis par les enquêteurs, il est finalement passé à des aveux partiels. "Je suis passé devant la voiture et j’ai vu Laeticia Bauwens. Je suis monté dans la voiture. On s’est battus et je lui ai mis deux coups de couteau, accidentellement", expliquait ce jeudi Cédric Maton, "je l’ai mordue aussi".

Jusque-là , l’accusé avait expliqué qu’il agissait "d’un vol qui avait mal tourné ". Sauf que rien n’a été volé, ni le sac à main de la victime, ni son contenu. Avant cela, il avait aussi affirmé qu’il "n’était pas un voleur, qu’il avait des principes". Lors de son audition, le juge d’instruction lui a demandé quels étaient ses projets d’avenir. "Payer ma sentence" , a-t-il rétorqué. Ceux de Laeticia Bauwens étaient nombreux : terminer les travaux de la maison de sa grand-mère qu’elle avait rachetée, et suivre un cursus de type Erasmus, au Canada.