Faits divers Découvrez le récit de la victime qui s’exprime pour la première fois depuis son agression…

La DH a pu se rendre ce week-end au chevet de Liban Moustapha Hassan, l’opposant belgo-djiboutien de 33 ans qui s’est littéralement fait énucléer à Ixelles, dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 novembre, et est actuellement hospitalisé à Saint-Pierre, entouré par ses proches.

Celui qui est le coordinateur belge du Mouvement des Jeunes de l’Opposition (MJO) a accepté de se confier, en présence de son avocat, Me Georges-Henri Beauthier, pour la première fois depuis l’agression d’une barbarie inouïe dont il a été victime en pleine rue.

Aujourd’hui, l’activiste politique dit encore craindre pour sa vie et celle d’autres personnes de son entourage, lui qui précise être opposé tant à l’actuel dictateur djiboutien qu’à "son plus farouche opposant", Daher Ahmed Farah, président du Parti du Renouveau Démocratique (PRD).

À son estime, l’énucléation qu’il a subie n’est pas du tout, comme on l’a raconté, le fait d’un fou isolé, mais bien celui d’une véritable milice - que l’on pourrait qualifier de tribale - d’un parti d’opposition djiboutien basé à Bruxelles.

D’après lui, son bourreau de 33 ans, Idriss Awaleh, répondait en réalité cette nuit-là aux ordres du "neveu" du politicien précité, le fameux "président du PRD". Il n’était d’ailleurs "pas seul au moment des faits"; il était accompagné de trois autres complices dont au moins deux courent toujours dans la nature alors qu’ils ont assisté de très près à toute la scène de torture qui va suivre…

Après lui avoir asséné "un premier coup de marteau sur la tête", ce qui l’a fait tomber à la renverse, puis, "un second dans les côtes", Liban Moustapha Hassan raconte qu’Idriss Awaleh "s’est mis à califourchon" sur sa cage thoracique pour continuer à le battre et l’immobiliser afin de le to rturer.

"Puis, il a mâché, mordu mon petit doigt et n’a plus lâché prise", se souvient Liban Moustapha Hassan. "Alors que j’avais mon doigt dans sa bouche, il m’a arraché avec ses mains le premier œil. ‘Arrache lui le second œil’ , j’ai ensuite entendu dire par une seconde voix qui m’a aussi dit : ‘Celui que tu critiques sur Facebook, c’est mon oncle et tu dois en payer le prix fort’ ".

Et d’expliquer : "Je critiquais certainement Daher Ahmed Farah, qui est le président du vieux parti de l’opposition djiboutienne et est aussi basé ici, en Belgique […] En tant que Liban, j’ai lutté contre la dictature, j’étais opposé contre le président djiboutien actuel, mais, au fil du temps, j’ai découvert ici à Bruxelles qu’il y avait une autre dictature. Donc, je me suis dit qu’il ne fallait pas remplacer une dictature par une autre : c’était ça que je critiquais sur Facebook".

Le fameux "neveu" du président du PRD, qui aurait chapeauté le crime, a, comme ses complices, qui "ont tous un lien familial avec le président que je critique sur Facebook", souligne Liban Moustapha Hassa, pris la fuite lorsqu’un automobiliste a ralenti en passant à leur hauteur. "Ils voulaient m’achever, mais Dieu seul achève les gens".

La suite ? Liban Moustapha est resté seul pendant plus d’une demi-heure, à se vider de son sang, couché entre le pneu d’une voiture et la bordure d’un trottoir de la place du Champ de Mars, avant de trouver la force de ramper pour se mettre au beau milieu de la rue et tendre son GSM à bout de bras, dans l’espoir qu’un conducteur l’aperçoive, risquant ainsi à tout moment de se faire écraser.

Heureusement , un automobiliste altruiste l’a aperçu à temps et s’est immédiatement porté à son secours, appelant les pompiers - l’ambulance - et les policiers qui sont ensemble parvenus à retrouver ses deux yeux, mais cela n’aura malheureusement pas permis pour autant à notre victime de recouvrer la vue.

"C’est un acte injustifiable. Parce que nul ne peut justifier le fait d’ôter les yeux à quelqu’un. Peu importe ce qu’il dira. Il n’y a pas d’équivalence à cet acte odieux. Pour moi, c’est un crime, mais je me sens aujourd’hui plus fort qu’avant. Pourquoi ? Parce que, d’abord, ils m’ont enlevé la vue, mais pas ma vision, j’ai encore ma vision des choses".

Et Liban Moustapha Hassan de conclure : "J’espère que je continuerai toujours à dire - je ne pourrai même pas écrire - tout ce que j’aurai le droit de dire et je ne permettrai pas que des gens néfastes désorientent la jeunesse djiboutienne d’ici. Le monde dans lequel nous vivons est devenu radical".

"Je dépose chez le juge d’instruction la liste des témoins qui ont proféré des menaces contre mon client ce lundi matin", fait quant à lui savoir Me Georges-Henri Beauthier qui a d’ores et déjà déposé plainte avec constitution de partie civile pour son client.


Voici le témoignage complet de Liban Moustapha Hassan en vidéo: