Faits divers Le Vampire de Muizen qui violait, étranglait et mordait ses victimes à la poitrine s’est confié à la VRT : "À ma manière, je suis heureux"

Retour sur l’interview exceptionnelle réalisée à la prison de centrale de Louvain par Machteld Libert, de la VRT, pour le magazine Pano. La journaliste qui a noué depuis des années des liens avec le tueur en série Staf Van Eyken - elle lui a consacré un livre - a pu rencontrer celui que les médias ont surnommé le Vampire de Muizen.

Muizen, près de Malines, fut le théâtre dans les années 1970 de plusieurs crimes atroces : trois femmes étranglées après avoir été mordues, la plupart du temps à la poitrine. En prison depuis 45 ans, Van Eyken finira probablement sa vie derrière les barreaux. Eh bien, c’est ce qu’il souhaite : "D’une certaine façon, je suis heureux".

Van Eyken a violé et étranglé en 1971 une jeune femme de 18 ans qui avait des traces de morsures sur la poitrine. Quelques mois plus tard, c’est Ida Smeets, 47 ans, qui était trouvée sans vie. Cette mère de trois enfants avait elle aussi été mordue à la poitrine et étranglée. Van Eyken fera une troisième victime de 19 ans, Lutgarde Van der Wilt, avec qui il avait dansé toute la nuit.

Van Eyken n’avait aucun mal à avouer les crimes lors de son arrestation. "Je me dégoûte, aujourd’hui", avoue-t-il à notre consœur. "Car j’ai bien commis tout cela."

On apprend que le Vampire aime le compositeur de musique de films Vangelis (1492,…) et Ann Christy (Eurovision 1975), qu’il appelle Anneke.

À Louvain-Centrale, sa cellule de 3,5 mètres sur 4 a porte ouverte toute la journée. "C’est mon espace de vie. Je ne vois pas ça comme une punition. Je sais ce que j’ai fait de mal. C’est pour cela que je suis ici depuis 45 ans. Cela laisse beaucoup de traces. Mais j’ai beaucoup appris."

Bien qu’il ait atteint l’âge de la retraite - 67 ans - Van Eyken travaille en prison. Il touche 210 euros par mois. "J’y tiens, dit-il, car je n’ai pas d’autres rentrées. Cela me permet de payer la cantine et la télé."

Le Vampire de Muysen dit aussi "être devenu un autre homme. Avant, je n’avais aucun remords. Maintenant, oui. C’est grâce au thérapeute qui me suit depuis dix ans. C’est seulement depuis lors que je commence à réaliser. Le thérapeute m’a fait tout mettre par écrit. Pas seulement les faits, mais aussi ma jeunesse et ma tante, qui abusait sexuellement de moi. C’est ce qui m’a aidé à ouvrir les yeux sur mon passé. Je réalise que ce que j’ai fait, c’était tout simplement horrible."

Pas de révolte chez Van Eyken qui accepte son sort et veut finir ses jours à Louvain-Centrale. "Ici, j’ai ma structure et je sais vivre. Je ne pense pas que j’en suis capable à l’extérieur. Au procès, les psychiatres m’ont décrit comme psychopathe, manipulateur et narcissique. Je ne suis pas psychiatre. Je ne peux donc pas dire où je me classe. C’est possible que je sois un psychopathe mais je ne le pense pas. Je pense quand même que je suis très dangereux. J’en suis même certain."

Pendant des années, Van Eyken a pu bénéficier assez régulièrement de sorties contrôlées d’un jour. Le régime s’est durci. Les sorties ont été supprimées. "Je trouve que c’est dommage, mais je peux m’en passer."

Le Vampire suit l’actualité, rien ne lui échappe de l’évolution du monde. "GSM, iPod, iPad, Facebook : je connais tout cela. Mais ce n’est pas pour moi. Qu’on me laisse ma vieille machine à écrire…"

Les victimes, leurs familles, les proches ? "Je ne peux pas réécrire l’histoire. Ce qui est fait est fait. Mais je peux faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Je me rends compte que cette réponse n’apportera pas beaucoup d’aide aux familles. J’espère qu’elles pourront s’en contenter".

Gilbert Dupont