Faits divers

Dans le quartier Nord, elles viennent désormais de Braila plutôt que de Sliven

BRUXELLES Les services de police belges spécialisés dans la traite des êtres humains disposent de chiffres qui constatent qu’un nombre grandissant de femmes livrées à la prostitution, notamment à Bruxelles dans le quartier Nord, provient désormais de la localité roumaine de Braila.

Les Roumaines de Braila remplacent les Bulgares de Sliven. Assez proches, les deux villes sont situées de part et d’autre de la frontière. Mais qu’elles soient roumaines ou bulgares, les filles sont plus qu’avant des victimes, car issues d’une minorité ethnique précarisée, la minorité rom.

Un rapport du 10 février dont la DH a pu prendre connaissance place la Roumanie comme le nouveau premier exportateur de prostituées vers l’Europe occidentale et en Roumanie, la ville de Braila qui “alimente Bruxelles” est dénoncée par Amnesty international comme “la capitale de la prostitution forcée” . À Braila se pratiquent “les rapts dans les discothèques”. Et les gangs “s’affrontent en rue” pour “être les premiers à mettre la main” sur les filles disponibles de 18 ans.

Ce rapport affirme qu’en 2009, “79 filles ont été enlevées à Braila et dans la ville voisine de Galiti” ; ce nombre n’est sans doute qu’une infime partie de l’iceberg : parler, c’est affronter les gangs qui, l’an passé, ont fait disparaître “au moins 780 filles ” dans le pays. 95 % partent pour l’Europe de l’Ouest.

Et la Belgique est donc maintenant connue en Roumanie comme la nouvelle destination.

Par personne interposée, nous tentons hier de parler à une fille en vitrine rue d’Aerschot qui confirme provenir elle aussi de Braila. Elle refuse. “Peur” .

Une source du quartier : “Mais la plupart viennent aussi plus ou moins de leur plein gré. Quand nous leur demandons ce qui les attire en Belgique, elles nous disent qu’on lit dans les journaux de Braila que rue d’Aerschot, elles peuvent gagner 20.000 € par mois”.

Ce rapport de février 2010 détaille aussi comment des Roumaines tsiganes qui cherchent à échapper à la misère, sont attirées dans les discothèques de Braila où on leur donne 200 ou 300 €, puis sont vendues à des réseaux entre 2.500 et 5.000 €.

La porte-parole de la police Christina Tatulici confirme : “À Braila, 3.000 € est le prix de vente moyen d’une fille.”



© La Dernière Heure 2010