Faits divers Le jeudi 15 août 1974, le train Charleroi - Anvers déraillait et l'accident faisait 18 morts et 69 blessés

LUTTRE Aujourd'hui, cela fait trente ans que la petite commune de Luttre dans la région de Charleroi a connu l'horreur. En effet, le 15 août 1974, un des wagons du train Charleroi-Anvers (ligne 124) est sorti des rails pour tomber en contrebas du pont dit de Luttre au-dessus du canal Charleroi-Bruxelles.

Le train qui était composé de huit voitures et qui contenait une centaine de passagers avait quitté la gare de Charleroi-sud à 18h58 et se dirigeait vers Anvers et Bruxelles. Le train, un direct, venait de quitter la gare de Luttre lorsqu'il a déraillé à 19 h 12. Le conducteur du convoi s'engageant sur le pont de Luttre a soudainement ressenti un choc et a ensuite constaté que son train avait déraillé.

En fait, la motrice s'est engagée sur le pont sans encombre ainsi que les deux premières voitures. C'est la troisième qui a déraillé et chuté sur la route qui longe le canal. La quatrième a pour sa part été entraînée par la troisième, s'est encastrée dans les armatures métalliques du pont et s'est enflammée. Les dernières voitures du convoi se sont quant à elles tamponnées.

Sur place, c'était véritablement l'horreur car les blessés sont restés coincés dans les wagons. Et il a fallu en amputer plusieurs d'un membre afin de les dégager.


Jean Painblanc, bourgmestre actuel de Pont-à-Celles, entité à laquelle Luttre est attachée depuis la fusion des communes, était présent sur les lieux de la catastrophe: «Je me promenais avec mon fils le long du canal lorsque j'ai entendu un bruit bizarre, une sorte de sifflement. Me rendant compte de ce qui se passait, je suis vite rentré chez moi pour y déposer mon fils et ensuite, j'ai été interpellé par des gens de la police judiciaire qui m'ont invité à monter dans leur véhicule en me signalant au passage que mon aide était la bienvenue. Je suis alors parti avec eux vers le pont de Luttre. Et sur place, j'ai vu des corps sur les talus. Il y avait un énorme vent de panique et les gens criaient dans tous les sens. J'avais 36 ans à l'époque et j'étais en pleine forme. J'ai donc escaladé le pont pour aller aider les secours».

Suite au choc provoqué par la collision, les corps des passagers du train gisaient sur le pont, dans les wagons et dans le canal Charleroi-Bruxelles. Jean Painblanc a participé au dégagement des corps dans les voitures embouties: «J'ai aidé les secouristes à évacuer les blessés jusqu'à plus ou moins 23 h. Nous couchions les corps sur le pont face contre terre. La première ambulance que j'ai vue venait d'Auvelais. L'ambulancier avait entendu qu'il y avait un déraillement sur sa radio et était venu aussitôt. Un bus avait également été réquisitionné pour conduire les blessés dans les hôpitaux. Et la maison communale de Luttre avait été transformée en chambre mortuaire. Pour ma part, j'ai eu durant toute la journée le sang des victimes sur les mains. Et, le lendemain, lorsque j'ai pris le train à Braine-le-Comte à cause des déviations pour aller travailler, j'avais encore les mains qui collaient».

Treize personnes sont mortes sur les lieux de la catastrophe. Cinq autres sont décédées dans les jours qui ont suivi ce tragique 15 août. Et 69 passagers du train ont été blessés et hospitalisés dans les cliniques de la région de Charleroi et à Nivelles. Le pont de Luttre a quant à lui dû être démonté et quant aux responsabilités de l'accident, elles n'ont jamais été clairement déterminées...

© La Dernière Heure 2004