“Ma mère libre ? Je m’en fiche !”

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Exclusif
Faits divers

Dans l’interview exclusive que Frédéric Dutroux nous avait accordée, il s’exprimait sur la possible libération de ses parents

Souvenez-vous, dans votre DH du 15 juillet dernier, nous vous proposions en exclusivité l’interview de Frédéric, le fils de Marc Dutroux, alors âgé de 26 ans. Un entretien de quatre heures que le jeune homme nous avait exceptionnellement accordé. Une rencontre qui nous avait d’ailleurs marqué, au cours de laquelle l’enfant (devenu grand) de Marc Dutroux et de Michèle Martin nous avait notamment donné son opinion sur la libération possible de ses parents. En voici quelques extraits :

Gardez-vous des souvenirs de la maison de Marcinelle, là où votre père avait construit sa cache ?

“J’en garde des mauvais. Mes parents se disputaient régulièrement. Je sortais d’institution et je vivais donc à nouveau avec eux depuis peu. Je ne les connaissais pas très bien. J’étais replié sur moi-même, j’étais asocial avec les autres enfants.”

Vous ont-ils déjà demandé pardon ?

“Les deux ? Non. Ma mère oui, pour la vie agitée qu’elle m’a offerte. Mon père, ce n’est pas pareil. Il ne conçoit pas de demander pardon à qui que ce soit mais il a conscience qu’il m’a fait mener une vie difficile. L’important, c’est qu’il soit conscient que quelque chose n’allait pas.”

Avez-vous déjà été menacé parce que vous êtes le fils de Marc Dutroux ?

“Oui, quand j’étais plus jeune. Des parents en colère qui voulaient appliquer la loi du Talion.”

Arrive-t-il que des gens parlent de l’affaire Dutroux en votre présence sans savoir qu’il s’agit de votre père ?

“Oui, cela arrive. Je réagis discrètement mais ça fait toujours bizarre. C’est là que je me rends compte que les gens se font une idée totalement artificielle de l’affaire.”

Quelle est votre vision de l’affaire ?

“J’en pense tout et rien à la fois. Je pense que c’est bien malheureux et qu’il faut vivre avec et passer au-dessus le plus rapidement possible, cela fait 15 ans que ça traîne. C’est une affaire malheureuse qu’il faut résoudre pour les personnes qui en portent la responsabilité et surmonter pour celles qui en sont affectées.”

Aimeriez-vous rencontrer les parents des victimes ? Que leur diriez-vous ?

“Leur malheur me touche oui mais je les traiterais comme n’importe quelle personne qui a vécu un traumatisme et pas comme si j’en étais responsable.”

Quelles séquelles pensez-vous avoir gardé de ce lourd passé ?

“Une désillusion totale. Toute chose ne peut être comprise que si on en fait l’expérience.”

Avez-vous éprouvé de la tristesse pour les petites victimes ?

“Oui, j’ai éprouvé de la pitié.”

Êtes-vous passé par des phases de dépression, des nuits de cauchemars ?

“Des cauchemars non puisque je les ai vécus en vrai. Oui, j’ai eu une petite dépression histoire de faire sauter le bouchon de toutes ces épreuves accumulées.”

Avez-vous eu besoin de l’aide de professionnels (psychologue…) Prenez-vous des médicaments ?

“Non, je ne prends rien et j’ai toujours refusé une aide psychologique. Cela serait revenu à admettre une faiblesse, une perturbation que je rejetais parce que j’estimais que j’étais sain d’esprit et que le temps allait m’aider à gérer tout cela. À présent, c’est fait, enfin j’espère.”

Allez-vous régulièrement voir votre père en prison ?

“Non. J’ai toujours des contacts avec lui mais la dernière fois que je suis allé le voir c’était il y a un an environ. La relation a toujours été conflictuelle mais c’est une relation familiale.”

Et votre mère ?  

“Je ne l’ai plus vue depuis quelques années. J’ai encore quelques contacts mais nous avons parfois du mal à nous comprendre. Ils restent toutefois tous les deux mes parents. Je n’ai pas grand-chose en commun avec eux. Avec le temps qui passe, le décalage se crée davantage. Mais j’estime qu’on peut respecter ses parents sans partager des choses avec eux.”

Espérez-vous revoir vos parents libres un jour ?  

“Pour eux peut-être, pas pour moi. Je m’en fiche. Passé un certain âge, on devient inoffensif quand bien même on est malade. S’ils peuvent donc reformuler un semblant de vie normale pour vivre leur vieillesse ailleurs qu’en prison, je le leur souhaite mais je ne m’attends plus à une vie de famille avec eux. Je garde des contacts avec eux mais je ne veux pas non plus qu’on soit trop proches. Il y aura toujours une distance entre nous. J’essaie de faire ma vie, je veux pouvoir fonder une famille et un foyer heureux, je n’ai pas à assumer leur traumatisme à eux. Ce n’est pas le rôle des enfants. Je maintiendrai donc toujours une certaine distance avec eux.”

Qu’avez-vous envie de dire aux gens qui seraient tentés de vous haïr uniquement parce que vous êtes le fils de votre père ? 

“Je ne leur dirai rien. S’ils le font, c’est qu’ils ont un trop petit esprit, cela ne sert donc à rien que je communique avec eux, même si je n’en penserai pas moins. Je ne suis pas assistant social, je ne peux rien faire pour ceux qui ne comprennent pas qu’on ne choisit pas sa famille.”



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