Faits divers

Du jamais-vu lors d’une manifestation ! "Nos collègues hurlaient au secours ! Et nous ne pouvions pas bouger.

"Du jamais-vu ! Tant au niveau de la violence des fauteurs de troubles de ce jeudi que de la gestion de cette manifestation. Voilà le commentaire que nous ont fait de nombreux policiers présents sur le terrain lorsque les incidents ont éclaté. Rappelons ici que le dernier bilan fait état de 112 policiers blessés. C’est énorme. Mais ce qui est plus frappant encore, ce sont les raisons pour lesquelles les événements ont pris une telle tournure.

Manifestement, selon plusieurs de nos sources, la mauvaise gestion des forces de l’ordre au cours des incidents a aggravé la situation. Plusieurs témoignages de policiers nous sont parvenus en ce sens. En voici quelques-uns particulièrement poignants. " De toute ma carrière, je n’ai jamais vécu cela. Nos collègues de la zone Midi hurlaient au secours à travers les appels radio. Et nous ne pouvions pas bouger. Nous avons reçu l’ordre de ne pas intervenir. Non pas de nos supérieurs au sein de la police, mais bien de l’autorité administrative. C’était affreux d’entendre ces appels de détresse et de ne pas pouvoir porter secours à nos collègues. Et ce, pendant près d’une heure ", assure ce policier que nous prénommerons Michael.

Souffrant de multiples fractures, ce membre de l’équipe d’intervention de Polbru se retrouve en incapacité de travail. Il n’est pas le seul. Sa collègue plus jeune doit désormais rester chez elle aussi, à son plus grand regret.

"C’est difficile de se dire qu’on se retrouve ainsi coincé à la maison à cause de personnes dont le seul but était de s’attaquer aux policiers et non de manifester. J’espère que justice sera rendue cette fois. Le plus dur pour moi, ce sont ces appels à l’aide de mes collègues, qui résonnent encore dans ma tête ce matin. C’était terriblement frustrant de ne pas pouvoir intervenir à temps."

Et ces appels à l’aide dont ces policiers parlent, venaient essentiellement de membres de la zone Midi. Mais voilà, selon plusieurs sources, le bourgmestre de Bruxelles-Ville, Yvan Mayeur (PS), chef de la police et responsable des opérations de ce jeudi, a donné pour ordre, pendant plus de 40 minutes, de ne pas venir en renfort aux policiers en détresse du côté de la porte de Hal, privilégiant "la discussion" avec les fauteurs de troubles…

De quoi provoquer la colère des policiers. surtout ceux qui ont appris que le bourgmestre se trouvait en réalité ce jeudi… parmi les manifestants. Une photo prise du côté de la Bourse le prouve, comme vous pouvez le constater ci-contre. Mais le bourgmestre dit s’y être rendu en tant que chef de la police.

© DR

Mayeur: "Je n’ai pas participé à la manifestation"

Yvan Mayeur (PS), le bourgmestre de la ville de Bruxelles et président du conseil de police de la zone Bruxelles-Capitale/Ixelles, revient sur les incidents.

Yvan Mayeur, que s’est-il passé jeudi ?

"Depuis le début, des types ont provoqué et ont cherché le conflit avec nous. À chaque fois, on a reculé pour éviter l’affrontement. À la fin du parcours, cela n’a plus pu être possible."

Qui étaient les personnes qui ont provoqué les policiers. On a parlé de 200 personnes…

"Oui, il pourrait s’agir de 200 personnes dont des dockers anversois, mais pas seulement. Il y avait aussi des personnes d’extrême droite qui ont infiltré le parcours : des sortes de hooligans venus casser du Bruxellois !"

Il y avait aussi des anarchistes ?

"Non ! Pas d’anarchistes ! Il ne faut pas confondre la droite et la gauche… Je ne vais pas dire qu’il n’y a pas eu l’un ou l’autre anarchiste mais le groupe leader, c’était les dockers et l’extrême droite."

Vous avez participé à la manifestation, m’a-t-on dit ?

"Non, pas du tout ! Je me suis juste rendu sur place pour voir la situation. J’étais d’ailleurs en contact permanent avec la police."

Au niveau des policiers…

"On compte une centaine de policiers blessés."

Et combien de policiers au total étaient mobilisés pour la manifestation ?

"Je ne sais pas le dire."

Vous ne pouvez pas me dire le nombre ?

"Pas comme cela."




"Mayeur indirectement responsable"

"Je ne peux pas admettre que nos policiers servent de chair à canon. Les policiers sont aussi les premières victimes des mesures prises par notre gouvernement. Leurs statut et acquis sociaux sont attaqués à n’en plus finir" , tonne le conseiller de police Alain Kestemont. Le leader des FDF anderlechtois va déposer une question écrite et interpellera à cet égard le collège de police de la zone Bruxelles-Midi.

"Lorsque 16 policiers de la zone de police Bruxelles-Midi se sont retrouvés face à plus de 200 émeutiers et ont demandé du renfort à leurs collègues de la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles, ces renforts ne sont jamais arrivés et, selon mes infos, c’est Yvan Mayeur qui a donné l’ordre à ses policiers de ne pas bouger. Cela le rend donc indirectement responsable de la suite des événements."

Et d’ajouter au tableau : "Il apparaît également que des policiers qui se trouvaient en première ligne n’étaient pas équipés de leurs gilets pare-coups alors que d‘autres qui se trouvaient en seconde ligne en étaient équipés. C’est également fort regrettable car cela aurait permis de limiter la casse. Il faudra donc déterminer s’il n’y a pas eu d’ordre à ce niveau-là de la part de la hiérarchie ou si la zone de police ne dispose pas de tels gilets en suffisance."


Le SLFP Police traite Mayeur de menteur

Contacté par nos soins, le président du SLFP Police, Vincent Gilles, se dit "heurté" par la photo prise d’Yvan Mayeur parmi les manifestants ce jeudi, du côté de la Bourse de Bruxelles. On le voit, comme vous pouvez le constater ci-dessus, debout sur les marches, parmi des manifestants. " Le SLFP Police trouve effarant qu’une autorité administrative, pour une manifestation de cette ampleur, ne se tienne pas à côté du responsable opérationnel de la police, pour prendre les décisions adéquates et donner les ordres nécessaires immédiatement ", s’exclame Vincent Gilles. Interrogé par la DH , le bourgmestre Yvan Mayeur dit pourtant s’être rendu à la manifestation en tant que chef de la police.

Sauf qu’à l’endroit où il se trouvait, les forces de l’ordre étaient absentes. " Il se tient sur les marches de la Bourse. Il n’y avait là aucune force de police présente à contrôler. Elles étaient principalement disposées au-dessus de la gare du Midi. C’est évidemment un mensonge éhonté ", ajoute le président du SLFP Police.

Bref, vous l’aurez compris, entre les policiers et le bourgmestre Yvan Mayeur, la tension ne fait qu’augmenter ces dernières semaines…