Faits divers

Quatre Belges au moins ont sévi en Irak

BRUXELLES La Belgique savait depuis dix jours qu'une Belge de Charleroi mais vivant à Bruxelles depuis trois ans, Muriel Degauque, s'était fait exploser le 9 novembre en Irak tandis que son copain Issam Goris y était abattu par les Américains. Les Belges savaient que le couple n'était pas arrivé tout seul à Bagdad mais avait profité de complicités depuis la Belgique pour rejoindre des milieux proches de Zarquaoui - la crapule qui fait décapiter les otages occidentaux. Les Belges savaient qu'au moins deux autres compatriotes sont arrivés en Irak par le même réseau. Depuis dix jours, des surveillances discrètes étaient menées à Hoboken (Anvers), Monceau-sur-Sambre (Charleroi) mais surtout en région bruxelloise (Schaerbeek, Saint-Josse et Saint-Gilles). L'opération était fixée à hier 30 novembre à 5 h du matin. La réussite d'une telle opération dépendant d'abord de sa discrétion, les Belges tiennent à remercier certains services français - soyons clairs, les soupçons se portent sur un certain juge d'instruction - qui, parce que la Belgique lui avait refusé certains devoirs d'enquête, ont lâché... mardi matin, veille de l'opération dont ils étaient informés, qu'une kamikaze belge était morte il y a trois semaines en Irak. En termes polis, le procureur fédéral belge, M. Daniel Bernard, n'a pas pu s'empêcher d'évoquer ces «fuites françaises», ces informations malheureuses qui ont failli faire capoter le travail de 130 hommes. Joli!

Quatorze personnes ont été interpellées hier: 7 Belges (essentiellement d'origine allochtone), 3 Marocains, 2 Tunisiens et 2 Tunisiens naturalisés. Dans le nombre, 9 ont été remis au juge Daniel Fransen à la suite de 14 perquis menées à Hoboken; à Tongres; à Charleroi; rue de la Limite à Saint-Josse; rue Josaphat à Schaerbeek (où l'on a craint la présence d'explosifs); rue du Croissant et rue de Mérode à Saint-Gilles. Le réseau, très sympathisant de Zarquaoui, n'a rien à voir avec le GICM marocain, ni le terroriste Rafalah ayant transité par Bruxelles lui aussi pour se faire exploser en Irak, ni avec le prosélytisme d'une quelconque mosquée bruxelloise.

Selon nos infos, deux chefs recruteurs de kamikazes pour l'Irak, Bilal Soughir et Nabil Karmun, ont été interpellés hier à Bruxelles. Il est discret mais au total depuis 2001, le parquet fédéral belge a traité 170 dossiers de terrorisme, ce qui montre que la Belgique, petit pays, est très concernée...

© La Dernière Heure 2005