Faits divers 30 ans de prison requis pour ce que le parquet pense être un meurtre crapuleux, commis en décembre 2015 à Saint-Gilles.

30 ans de prison requis au terme d’un procès long de six heures. Une vie entière qui aurait pu - dû - être étudiée pendant deux semaines par une cour d’assises, mais la chambre des mises en accusation a décidé de renvoyer l’affaire devant un tribunal correctionnel. Fabrice M., 31 ans, a vu, lundi, le substitut du procureur Thibaut de Sauvage demander la peine maximale à son encontre. Trente ans de prison pour un vol avec circonstance aggravante de meurtre, commis le 2 décembre 2015, rue de l’Hôtel des monnaies, à Saint-Gilles.

Le prévenu - en aveux - et la victime se connaissaient depuis quelque temps : ils étaient copains de bar. Alexandre D., un sexagénaire, vivait en célibataire dans son appartement qui fait face au Carré de Moscou, à Saint-Gilles. Il s’entendait bien avec Fabrice M., un jeune père de deux enfants au passé difficile et au casier judiciaire déjà rempli de quelques condamnations. Mais depuis plusieurs semaines, Alexandre D. se plaignait que Fabrice M. ne lui remboursait plus l’argent qu’il lui prêtait.

Dans l’appartement du sexagénaire, le ton monte et Fabrice M. se saisit d’une lame. Et porte trois coups non mortels, dont deux touchent le cou. Puis il se saisit de la carte bancaire de la victime, va sortir 600 € au distributeur du parvis de Saint-Gilles, vers 1h, et appelle les secours. Alexandre D. est hospitalisé. Il dit avoir été agressé mais ne révèle pas l’identité de l’auteur. Souffrant d’une mauvaise hygiène de vie, son état de santé s’aggrave 40 jours après les faits. Et il décède à la fin de janvier 2016.

Ce n’est qu’en avril que Fabrice M. est interpellé. Il finit par craquer et reconnaître être l’auteur des coups de couteau. Mais nie l’intention d’homicide. Pire, il est identifié comme l’auteur d’un vol d’un ordinateur au domicile d’Alexandre D., alors que celui-ci était hospitalisé. Interrogé par les policiers, il déclare : "Je mens tout le temps, même à ma femme".

Le parquet de Bruxelles estime que l’intention de Fabrice M. était de voler, et que c’est pour cette raison qu’il a tué. Et il ne voit strictement aucune circonstance atténuante. Le prévenu, accro aux jeux d’argent, grillait les revenus de son ménage et avait besoin de fonds pour assouvir sa passion. Selon lui, il a frappé car il soupçonnait la victime d’avoir réalisé des attouchements sur son fils alors âgé de 18 mois. Pour le parquet, il n’y a pas de preuve de ces attouchements.

Me Laurent Kennes, avocat de Fabrice M., s’est emporté face à la sévérité des réquisitions. "On oublie que c’est mon client qui a posé des compresses sur les blessures d’Alexandre D. Que c’est lui qui a appelé les secours", a-t-il lancé, appelant à "se mettre à la place d’un homme qui a été abusé sexuellement à l’âge de 7 ans et qui a vendu son corps à l’âge de 17 ans." Il estime aussi que l’intention de tuer n’était pas là. Que le vol n’en était pas la raison. En somme, qu’on est face à un prévenu à la dérive et que rien ne peut justifier la peine maximale.

Fabrice M., détenu depuis 17 mois, a dit ses regrets, dans un sanglot. Jugement le 23 octobre.