Michel Nihoul blanchi par la justice belge

Anne-France Somers Publié le - Mis à jour le

Faits divers Dutroux, Martin et Lelièvre sont les seuls à être renvoyés en cour d’assises

NEUFCHÂTEAU Hier, le président de la chambre du conseil de Neufchâteau, Francis Moinet, a rendu son ordonnance dans l’affaire Dutroux.
Il a considéré qu’il y avait des indices sérieux de culpabilité à charge de Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre.
Dutroux est inculpé sur base de ses aveux, mis à part le fait qu’il se voit impliqué dans l’enlèvement de Julie et Mélissa, ce qu’il continue de nier. Quant à Michel Lelièvre, la chambre du conseil a estimé suffisamment établis les quatre enlèvements qu’il reconnaissait outre le viol d’An et Eefje qu’il conteste.
Aucune inculpation n’est toutefois retenue contre lui dans le dossier Julie et Mélissa. La chambre du conseil estime que les faits sont passibles de peine criminelle, elle a transféré le dossier à la chambre des mises en accusation, seule compétente pour renvoyer l’affaire devant un jury d’assises.
En revanche, la chambre du conseil a décidé qu’il n’existe aucune charge suffisante à l’encontre de Michel Nihoul du chef des infractions d’enlèvement d’enfants et d’association de malfaiteurs et a prononcé le non-lieu. Quant au dossier relatif au trafic de drogue, dans lequel Nihoul est impliqué, la juridiction de Neufchâteau n’était pas territorialement compétente pour le juger puisque ces faits se sont passés à Bruxelles. Elle a donc renvoyé l’affaire devant le parquet du procureur du Roi de cet arrondissement.
Plusieurs parties civiles ont d’ores et déjà décidé d’interjeter appel de cette décision. "L’ordonnance ne nous satisfait évidemment pas", ont expliqué Me Hissel, l’avocat de la famille Marchal et Me Bauthier, le conseil de Laetitia Delhez, enlevée à Bertrix.
Quant à Paul Marchal, il est "révolté depuis la disparition de sa fille". En cause : le non-lieu dont Nihoul fait l’objet et qui jette la consternation. Me Hissel a toutefois nuancé : "Un non-lieu n’est pas un acquittement. Il peut être revu à la lumière de faits nouveaux que révélerait par exemple le procès d’assises."Par contre, le sort de Nihoul n’inquiète pas Me Jean-Philippe Rivière, le conseil de Sabine Dardenne qui n’interjettera pas appel. "Ma cliente a toujours dit que, pendant sa séquestration, elle n’avait jamais vu que Marc Dutroux."

Si les parents de Julie et Mélissa s’abstiendront eux aussi de tout appel, ils se veulent moins rassurants. Avec le non-lieu de Nihoul, c’est en effet la thèse d’un réseau de pédophilie qui s’écroule: "Ce n’est pas une surprise. C’est une ordonnance qui s’inscrit dans le droit-fil de l’instruction telle qu’elle a été menée. Reste la chambre des mises en accusation où on va définitivement annoncer que M. Nihoul est un honnête citoyen ! Nous sommes désabusés depuis longtemps. Notre déception ne se joue pas aujourd’hui. Pour faire appel, il faudrait y croire un tout petit peu" .
Quant à Me Kahn, le nouveau conseil de Marc Dutroux, il a été débouté de sa demande de réouverture des débats, le président Moinet estimant que la piste concernant Michel F. avait été suffisamment explorée.
L’avocat interjette appel, convaincu que Dutroux a été trahi par sa femme qui l’a accusé d’avoir enlevé les petites. "F. est le ravisseur et Marc Dutroux est un bouc émissaire", a-t-il déclaré. "Encore faudrait-il que F. et Dutroux se soient connus. Or, ce n’est pas le cas", commente Me de Cléty.
Quant au procureur Bourlet, à l’heure où l’on noircit ces lignes, il n’a pas encore formé appel, dans l’attente des instructions du parquet général.
L’audience devant la chambre des mises en accusation devrait se dérouler au printemps prochain. Mes Bauthier et Hissel projettent de solliciter la publicité des débats.

© La Dernière Heure 2003

Anne-France Somers