Faits divers Arrêtée pour terrorisme, la jeune femme qui partait pour la Syrie avec un bébé de 14 mois saura ce matin si elle est libérée.

Mélissa F. saura aujourd’hui si la chambre du conseil de Bruxelles la libère de la prison pour femmes de la rue Berkendael à Forest où elle est détenue depuis deux mois pour "participation à l’activité d’un groupe terroriste".

Mélissa est cette jeune femme de Molenbeek qui fut arrêtée le 15 janvier, dans l’après-midi, à l’aéroport de Charleroi. Elle s’apprêtait à embarquer avec son bébé dans le vol Ryanair RYR 6446 à destination de Thessalonique, dans le but probable de rejoindre la Syrie via la Turquie. Deux mois d’enquête ont permis d’exclure tout lien avec le groupe de Verviers que la police belge devait démanteler le même jour.

Son histoire, celle d’une mère qui s’embarque avec son bébé de 14 mois pour un pays où c’est l’enfer, est incroyable. Pour son avocat Sokol Vljahen, c’est l’histoire d’une jeune musulmane qui a beaucoup hésité, partagée entre l’envie de s’intégrer à Bruxelles et celle de rejoindre son compagnon parti l’été dernier pour le djihad en Syrie.

Mélissa a 21 ans. Me Sokol Vljahen décrit une femme pas forcément heureuse avec son homme. Avant son départ pour le djihad, Yacine la battait et la tenait recluse dans leur appartement à Molenbeek. L’avocat décrit une relation de soumission. À sa sortie de prison, Yacine, petit délinquant, portait un bracelet électronique fixé à la cheville. Mélissa raconte l’avoir vu se radicaliser en dix jours. Dix jours, il n’en a pas fallu davantage.

Yacine quitte Bruxelles en août, ou peut-être septembre, pour gagner la Syrie via l’Irak. Skype permet au couple de garder le contact. Selon Mélissa, Yacine ne participe pas à des atrocités. Aucune photo ne le montre juché sur des tourelles de char. Yacine, pense-t-elle, sécurise des marchés dans la région d’Alep. Quand il invite sa femme à le rejoindre avec le bébé, Mélissa tente un premier essai via la Turquie, mais se fait refouler à l’aéroport d’Istanbul. Et rentre à Molenbeek.

Les semaines qui suivent la voient hésiter. Mélissa délaisse le voile, se lance pendant deux mois dans la recherche d’un emploi, échoue dans ses démarches. Et se sent seule, très seule. Avec personne à qui se confier, sinon sa mère, dit-elle.

Yacine lui propose de tenter un nouvel essai, accompagnée cette fois par deux hommes dont un gamin de 19 ans qui, eux, partent pour le djihad.

Le 13 janvier, Mélissa réserve ses billets aller. Son but n’est pas terroriste. Il est de rejoindre avec l’enfant son mari qui les attendra à la frontière syrienne. Poussée dans ses retranchements, Mélissa convient qu’elle réalisera peut-être ce que les musulmans appellent la hijra, qui est différente du djihad. La hijra, c’est l’émigration d’un musulman d’une terre de mécréance (kufr, en arabe) vers un pays musulman pratiquant la charia. Les horreurs de l’État islamique en Syrie ne l’arrêtent pas. Pour elle, ce que les médias occidentaux relaient est manipulé.

Le 15 janvier, Mélissa part dans un pays en guerre avec 2.190 € en poche, une poussette et pas de biberon parce qu’elle donne toujours le sein à son petit garçon.

Le juge de la jeunesse lui refuse en prison tout contact avec son bébé. Si la possibilité existe, elle est refusée pour Mélissa qui vit mal de savoir son bébé placé en pouponnière. Aucune nouvelle du bébé ni de Yacine peut-être - ou pas - toujours vivant en Syrie. Vendredi passé, Me Soukol Vljahen a demandé la remise en liberté de la jeune femme. Décision ce matin.