Faits divers Imane Jellal est morte à 14 ans parce que les médecins pensaient qu’elle "jouait la comédie".

Les cliniques universitaires Saint-Luc, deux médecins et un centre médical comparaîtront devant la chambre du conseil de Bruxelles après la mort d’une jeune fille. Le parquet souhaite leur renvoi en correctionnelle pour homicide involontaire après le décès d’Imane Jellal, qui allait avoir 15 ans quand elle est décédée en 2011 des suites d’un diagnostic erroné. Le porte-parole du parquet, Denis Goeman, confirme notre information.

Le parquet a ouvert, il y a un certain temps déjà, une instruction. Convaincus d’être victimes d’une erreur médicale, les parents de l’adolescente avaient porté plainte contre l’hôpital, le centre médical bruxellois et deux médecins, dont un pédiatre du service des urgences de Saint-Luc.

L’instruction est à présent terminée et les inculpés comparaîtront devant la chambre du conseil pour homicide involontaire. Ou plus exactement pour "avoir causé la mort de la jeune fille par défaut de prévoyance ou de précaution", précise Denis Goeman.

Pour les parents d’Imane, le cauchemar a commencé un mardi de juin 2011. En pleine nuit, l’adolescente de 14 ans est subitement prise de fortes douleurs au ventre et de vomissements. Un premier médecin à domicile soupçonne une appendicite et recommande aux parents de se rendre sans plus attendre aux urgences. Arrivée aux urgences et restée des heures en attente, Imane est prise en charge par le personnel de l’hôpital universitaire. Une échographie et une consultation gynécologique révèlent l’inflammation d’un ovaire. Le pédiatre des urgences décide ensuite de renvoyer Imane à son domicile, alors qu’elle est incapable de marcher.

Pour le médecin, c’était psychologique. En cause : c’était la veille des examens. "’Mais madame, elle a des douleurs, elle est pliée en deux.’ Apparemment on les dérangeait et on leur faisait perdre leur temps. Pour eux, elle jouait la comédie", affirmaient Mohamed et Khadija quand nous les avions rencontrés, en janvier 2012.

Imane rentre chez elle, poussée en chaise roulante tant elle souffre. Elle est traitée au Motilium et au Dafalgan, le médecin ayant assuré que "ça passerait". De retour à son domicile, Imane va de plus en plus mal. Alitée, très faible avec seulement six de tension, elle reçoit alors la visite du second médecin à domicile. Ce dernier ne s’alarme pas et délivre un certificat médical de trois jours.

La nuit suivante, l’adolescente et ses parents retournent aux urgences dans un autre hôpital. Cette fois, Imane est opérée. Mais il est déjà trop tard. Elle décède, victime d’un choc septique, une infection générale causée par une péritonite.

Les parents culpabilisent. "Nous leur faisions totalement confiance. On a été complètement aveugle. Pour nous, les médecins, ce sont des professionnels qui connaissent leur métier."

Ils ont choisi l’avocat spécialisé Jean-Paul Tieleman. Contactées, les cliniques universitaires Saint-Luc n’ont pas souhaité réagir. "Les cliniques universitaires Saint-Luc ne souhaitent faire aucun commentaire dans le cadre de ce dossier", répond leur porte-parole, Caroline Bleus.