Mosquée Rida: voici l’auteur de l’attentat

D.Ha. Publié le - Mis à jour le

Faits divers

Rachid El Boukhari a tué Abdellah Dahdouh, un imam chiite qui prêchait la tolérance et le respect d’autrui. Portrait

BRUXELLES Rachid El Boukhari, 36 ans, est arrivé en Europe en 2007. “Je suis arrivé en Belgique au moment de la vague de régularisation” , contextualise-t-il.

L’homme avait auparavant passé quelque temps en Italie avant de débarquer en Belgique. Si l’on se fie à ses dires, il se serait d’ailleurs fait contrôler “le jour de son arrivée” par la police des chemins de fer en gare du Midi : soit le 14 juillet 2009 à 2 h du matin avec 795 euros en poche, ont noté les policiers. Au préalable, il avait refusé de vider les lieux comme on le lui avait ordonné.

Parlant arabe et se débrouillant en italien, la communication n’était en effet pas passée avec les policiers ! Résultat, il avait reçu un ordre de quitter le territoire au nom de Rachid Noloso mais bel et bien signé Rachid El Boukhari…

Ensuite, c’est à Molenbeek qu’il réussira à trouver à loger avec deux autres hommes, sans-papiers. Raison pour laquelle il avait dans un premier temps refusé d’indiquer son lieu de résidence aux enquêteurs parce qu’il ne voulait pas leur attirer d’ennuis.

À noter que l’homme, lui, n’avait jamais demandé sa régularisation parce que confiant à ceux-ci ne pas vouloir se rabaisser à ça. Il vivait donc de petits boulots au noir qu’il allait dégoter aux alentours du Petit Château (centre pour demandeurs d’asile) et il a notamment vendu des fruits et légumes sur le Marché matinal de la Ville de Bruxelles.

Selon ses déclarations, son père était mineur en Belgique avant de prendre sa retraite au Maroc et de décéder en 2001. Ses frères, eux, seraient tous mariés et sa mère vivrait quant à elle toujours dans son village natal, situé dans la Province de Taroudant au cœur de la région Souss-Massa-Drâa. Une commission rogatoire a d’ailleurs été demandée par le juge d’instruction pour tenter de remonter jusqu’à sa famille dont aucun membre ne se trouverait selon lui en Europe. Isolé, l’homme n’aurait pas non plus fondé de famille.

Aujourd’hui, c’est à la prison de Forest que Rachid El Boukhari croupit derrière les barreaux en attendant son procès. Et pour cause… le 12 mars 2012, Rachid El Boukhari a commis l’irréparable dans une mosquée chiite d’Anderlecht, lui qui se présente depuis le départ comme un “sunnite” .

Quelques dizaines de minutes avant la prière, l’individu y avait ce jour-là bouté le feu peu après 18 h 30, hache, bidon d’essence et produit accélérant à l’appui. Les quelques fidèles présents, dont l’imam de la mosquée, avaient tenté de l’en dissuader mais rien n’y avait fait. Rachid El Boukhari avait même blessé au bras un fidèle avec sa hache et s’était ensuite retrouvé piégé à l’intérieur de la mosquée en feu avec l’imam et l’un de ses amis jusqu’à l’arrivée des policiers locaux qui n’ont pas eu de mal à l’intercepter (lire ci-contre).

Toujours selon ses déclarations, l’homme avait eu cette idée une quinzaine de jours auparavant. Planqués dans son sac à dos, la hache “pour se défendre et garder à une distance de sécurité” ceux qui auraient voulu l’empêcher de brûler la mosquée et le produit accélérant pour allumer un barbecue qu’il avait acheté quelques jours auparavant.

Le jour où il a lancé l’assaut sur la mosquée, il avait encore rempli d’essence un bidon d’eau de javel de 5 l aux alentours de 14 h dans la pompe Texaco sise en bordure du boulevard Poincaré, soit à deux pas de la mosquée…

Quid de sa défense paradoxale ? “Je n’avais pas l’intention de tuer, je n’ai ni frappé ni attaqué personne , explique-t-il. Mon acte n’était dirigé ni contre les chiites ni contre les sunnites mais contre les personnes qui commettent des crimes comme Bachar et Khadafi. Je n’avais pas l’intention de nuire aux chiites mais je voulais qu’on cesse tous ces massacres.” Et de préciser : “Ce que je viens de faire n’a rien à voir avec la prière et l’Islam. Je voulais juste brûler ce centre pour que les chiites se réveillent et se rendent compte qu’ils ne sont pas les seuls capables de faire ce genre de chose.”

Ajoutons en sus que… Rachid El Boukhari, adepte assidu des sites de rencontres libertines, ne serait pas vraiment fort pieux ! Il assure d’ailleurs ne pas pratiquer les 5 prières par jour. Ses colocataires, eux, ont déclaré ne jamais avoir remarqué rien de suspect dans son comportement mais ont confirmé qu’il abordait parfois les différences entre sunnites et chiites.

Selon ces derniers, l’homme allait “parfois” à la mosquée et ne faisait “pas vraiment” le ramadan mais regardait par contre “beaucoup” Al Jazeera. Et d’encore préciser : “Rachid avait baissé les bras depuis un an et demi et il comptait même retourner au Maroc.”



© La Dernière Heure 2012
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