Faits divers Retrouvée aux aurores, morte par overdose, sur un matelas en plein centre-ville.

Quelle douleur, quel calvaire, quel enfer, quel gâchis! Un matin de l’été 2016, l’on trouvait en rue, sur un matelas, dans le centre-ville de Bruxelles, le corps sans vie d’une jeune fille que nous appellerons Natacha. Un carton posé sur le corps, une aiguille sous le matelas. Overdose.

Et tout, semble-t-il, avait commencé des années plus tôt, par un viol subi au lycée, lors d’une fête de fin d’année organisée par l’école, l’une des plus réputées, qu’on aurait filmé. Un viol filmé par des élèves.

Comment l’affaire fut-elle gérée en interne ? Mal en tout cas pour Natacha qui, du jour au lendemain, s’enfonça dans la désespérance.

En juillet 2016, elle est à la rue et se prostitue pour la drogue. Qui lui a procuré celle qui l’a tuée ?

C’est l’autre drame. Depuis de très nombreux mois, un sans-papier est détenu à Forest, un Algérien en séjour illégal qui nie et que le tribunal correctionnel a condamné le 21 mars à 4 ans ferme.

Issam avait tout contre lui. Une identité incertaine : on lui en connaît quatre. Et sa réaction de disparaître quand on trouva Natacha. De s’enfuir en Allemagne.

Il est 5 h 42 du matin le lundi 25 juillet 2016, quand un appel signale à la police la présence du corps sur le matelas, caché par une épaisseur de carton, au coin des rues du Vautour et de la Verdure. L’autopsie confirme l’overdose par méthadone, cannabis, héroïne et cocaïne, le tout avec de la bière en canette achetée à la gare du Midi.

L’enquête apprend aux policiers comme il lui fut facile de se procurer son héroïne (3 grammes) et sa cocaïne (1 gramme) en plein centre de Bruxelles, à la Bourse. Pour la drogue qui devait la tuer, Natacha a vendu ses deux derniers petits bijoux, un collier et une petite croix.

On pense fort aux parents.

À ce qu’ils ont enduré, leur souffrance. Leur impuissance. Maman a encore vu sa fille le samedi. Gageons qu’elle a tout fait pour convaincre Natacha de rentrer. Natacha est restée à la rue.

Les enquêteurs repèrent la jeune fille grâce aux caméras. Elle prend son tram à la Bourse le samedi à 23 h 43. À minuit 7, la voilà place Anneessens. À 0 h 10 rue des Potiers. À minuit trente rue du Dam. Elle aurait dormi tout son dimanche. Et serait décédée vers 22 h, en rue, sur ce matelas. Un soir d’été, combien de passants sont-ils passés à côté ?

En appel, Issam - une des identités de l’Algérien - persiste à dire qu’il n’a pas fourni la drogue et que lorsqu’il s’est rendu compte le lundi à 5 h du matin que Natacha ne bougeait plus et avait du sang coulant du nez et du mucus sur la bouche, il était trop tard, il ne pouvait plus rien. "J’avais peur du cadavre." Il a pris le premier train pour Liège et Aix-la-Chapelle.

On imagine l’immense déception des parents de Natacha : la cour d’appel a acquitté le sans-papiers défendu par la pénaliste Samira Bouyid.

A-t-il fourni la drogue fatale ? "Il est possible qu’un autre que lui ait vendu la cocaïne, le doute doit lui profiter." Non-assistance à personne en danger ? "Au moment où il s’est réveillé, Natacha était peut-être déjà morte."

Et tout avait commencé par un viol, dans une école réputée, l’une des meilleures du pays, lors d’une fête de fin d’année. Un viol qui aurait été filmé par des élèves, ce que les parents de Natacha ont appris en lisant le journal intime de leur fille.

Natacha avait 22 ans.