Faits divers Dans le collimateur, le Centre islamique belge à Molenbeek

BRUXELLES Dix-sept perquisitions jeudi matin dans la mouvance islamiste radicale, notamment au Centre islamique belge du cheikh Bassam Ayachi, 18, rue de Manchester à Molenbeek (à ne pas confondre avec le Centre islamique et culturel du Cinquantenaire).6 h du mat. Un froid piquant. Des policiers encagoulés. L'objectif est moins le terrorisme que l'intégrisme radical. On cherche moins des armes que de la propagande fondamentaliste. Il aura fallu cinq ans pour que la police belge puisse s'intéresser à un personnage connu en Europe au même titre que l'imam de Vénissieux ou Abou Hamza à Londres, un prêcheur de haine: cinq ans! Les excès de cheikh Bassam Ayachi étaient déjà dénoncés du temps de Verwilghen à la Justice.

L'affaire de la kamikaze belge et les menaces directes sur le port du voile lancées par Bassam contre la France et son ministre Sarkozy ont fini par persuader la Belgique de l'urgence de s'intéresser à l' imam aux yeux bleus (une de ses particularités physiques) de Molenbeek.

Cheikh Bassam Ayachi est connu pour avoir marié à Molenbeek le Tunisien Abdessatar Dahmane, le faux journaliste qui allait tuer Massoud en Afghanistan l'avant-veille du 11 septembre.

De son vrai nom Bassam Abou Ata Ayachi, ce Franco-Syrien né en 46 à Alep arrive en 92 en Belgique (après la faillite du restaurant qu'il avait ouvert à Aix-en-Provence). La Belgique, c'est Molenbeek où Bassam se fait d'emblée remarquer par ses propos haineux. Molenbeek où il ouvre son premier centre de prières, 41, rue Vanderdussen, puis au 20, rue Vanderkindere... En 2001 (et après un incendie), Bassam songe à s'installer à Koekelberg. Mais le bourgmestre intervient et cheikh Bassam se replie sur Molenbeek. Et ne cesse de défendre - en paroles et par écrits - un islamradical. En mars 2004, le converti Jean-François Bastin (qui le suit un temps) dénonce, chez lui, des prises de position «sectaires et arrogantes». Cheikh Bassam signe un pamphlet en arabe qui met la France et Sarkozy en garde: «Lorsque la mort devient belle, M. Sarkozy».

Cheikh Bassam, c'est un cocktail d'opinions religieuses tendance sunnite. Antioccidental, antiaméricain, antisémite, l'imam de Molenbeek associe tel ministre israélien à Adolf Hitler et le nazisme au sionisme. Il accuse CNN et BBC d'être contrôlées par le diable (le dajjal). Il diffuse les pensées d'Abdallah Youssouf Azzam, père spirituel d'Ousama ben Laden. Il appelle les enfants de l'islam à s'habituer aux bruits des bombes et à mourir en djihadiste, le fusil entre les mains. Mais il aime la Belgique, dit-il, pour son esprit de tolérance. «La Belgique, dit-il, c'est notre pays. On y vit. On y élève nos enfants. On y reçoit l'aide du CPAS et on nous laisse tranquilles.»

Pour ce qui est d'avoir la paix, c'était un peu moins vrai hier matin. S'il reste à prouver qu'il a contribué à envoyer des kamikazes en Irak, cheikh Bassam est clairement soupçonné d'avoir organisé des stages sportifs dans les Ardennes, d'avoir promulgué des endoctrinements contraires à nos valeurs, d'avoir célébré des mariages contraires à nos lois, et de pratiques médicales parallèles comme l'exorcisme et la sorcellerie (en août 2004, ces pratiques ont tué une Schaerbeekoise de 22 ans, Latifa, dont on apprend qu'elle avait fréquenté le même centre de prières de la rue Waelhem que la kamikaze belge Muriel Degauque).

Escroquerie, association de malfaiteurs, menaces écrites, provocation à commettre des infractions à la loi contre le racisme et la xénophobie, traite d'êtres humains et infraction à l'article 267 sur le mariage civil: le juge bruxellois Daniel Franssen a charge de deux dossiers. Les 17 perquisitions ne visaient pas la communauté ou la religion, mais un détournement de l'islam par une minorité considérée par les pouvoirs publics comme «agissante» et «faisant du mal à la communauté musulmane» dans son ensemble.

© La Dernière Heure 2006