Faits divers

Jacques a perdu tout contact avec sa famille

BRUXELLES Qualifié de religion par les uns, de secte par les autres, les Témoins de Jéhovah et leurs pratiques demeurent entourés d'un halo de mystère. Jacques, un Liégeois d'une cinquantaine d'années, en sait quelque chose. L'homme a fait partie d'une congrégation pendant 17 ans. En 2002, il en a été exclu car son attitude à l'égard de la communauté était jugée perturbatrice par la hiérarchie. L'affaire aurait pu en rester là.

Seulement voilà, lorsqu'un membre est exclu, il est interdit à ceux qui font encore partie de la communauté d'avoir tout contact physique ou même verbal avec lui. Une manière sans doute d'évacuer tout risque de subversion. Jacques est devenu du jour au lendemain un paria même aux yeux des membres de sa propre famille qui font toujours partie de la communauté.

L'affaire a été portée devant les tribunaux par Jacques. Il a assigné la congrégation pour discrimination et atteinte à la vie privée. Il n'est pas le premier à s'attaquer ainsi aux Témoins de Jéhovah. Souvent l'issue est toujours la même et à l'avantage des Témoins au nom de la liberté de culte.

Jacques réclamait la récupération de ses données personnelles dans un fichier de la congrégation et que l'on reconnaisse publiquement le caractère discriminatoire de son exclusion mais surtout de ses conséquences. Il a été débouté en première instance car, pour le tribunal, la discrimination n'était pas établie étant donné que la règle était la même pour tout le monde.

L'homme ne décolère pas et a interjeté appel. La cour d'appel de Liège a rendu son jugement récemment. Elle a débouté Jacques en estimant que c'était à lui de prouver la discrimination mais pour la première fois, dans ses attendus, la cour d'appel de Liège considère que les consignes à l'égard des exclus et des adeptes qui souhaitent quitter la communauté sont susceptibles de constituer une discrimination.

La cour invoque également le fait que les pressions morales faites aux membres pour isoler un exclu pourraient être de nature à porter atteinte à la liberté de culte.

Même si Jacques n'a pas obtenu gain de cause dans son procès, cet arrêt de la cour d'appel s'apparente tout de même à une victoire car c'est la première fois que les pratiques douteuses des Témoins de Jéhovah sont ainsi relevées par la justice. Une porte vient donc de s'entrouvrir pour tous ceux qui comme Jacques ont été victimes des agissements des Jéhovah qui comptent tout de même plus de 25.000 membres en Belgique.

© La Dernière Heure 2006