Faits divers

Les syndicats policiers sont choqués à la suite du décès d'un policier à Spa. Alors qu'il voulait procéder au contrôle des passagers d'un véhicule, Amaury Delrez, inspecteur principal de la police locale de la zone Fagnes, a été abattu par l'un d'eux. 

Dimanche, le ministre de l'Intérieur Jan Jambon, entre autres, s'est rendu sur place. Une marque de sympathie parmi d'autres, de la part de ministres qui n'ont pas tardé à exprimer leur émotion et leurs condoléances, notamment via Twitter. Le Premier ministre Charles Michel postait ainsi dès dimanche sur le réseau de microblogging qu'il "faudra faire toute la lumière sur les circonstances de ce drame". "Attaquer un policier dans l'exercice de ses fonctions, c'est attaquer notre société démocratique", ajoutait le libéral.

Le délégué permanent SNPS (Syndicat national du personnel de police et de sécurité) à Bruxelles Frédéric Fortunato évoquait lundi cet élan de sympathie politique en termes amers, parlant d'un ministre Jambon qui "méprise" les policiers le reste de l'année. Les mots ne sont pas aussi forts ni critiques du côté du SLFP Police, et de son président Vincent Gilles, qui constate cependant lui aussi une certaine "incohérence".

"Il est clair que c'est un fameux paradoxe, aux yeux des policiers, de voir les ministres descendre sur Spa pour témoigner de leur sympathie aux proches et collègues de la victime. Pourquoi? Parce qu'en même temps le gouvernement dans lequel se trouvent ces mêmes ministres envisagerait de réduire le système de congé pour motif de santé dont bénéficient les policiers actuellement", indique Vincent Gilles lundi.

Le système tel qu'il existe actuellement réserve 30 jours par an à chaque policier, qu'il peut utiliser comme "congé maladie" (sous certificat) en cas de besoin, sans risque de tomber à charge de la mutuelle et donc de se voir financièrement pénalisé. Spécificité: ces journées, en cas de non-utilisation, sont cumulables d'une année à l'autre, explique-t-il. Le système risque cependant d'être revu, via une harmonisation des régimes de congé de la fonction publique, qui en est actuellement au niveau des discussions au gouvernement, ajoute Vincent Gilles.

"Je ne peux que féliciter les ministres d'exprimer leur sympathie, mais qu'ils soient cohérents", lance-t-il en guise d'appel, insistant sur la vision de la police: "dans la fonction publique, les policiers ont une fonction particulière". Évènements violents et burn-out leur arrivent "plus souvent qu'à d'autres", rappelle-t-il.

Nombreux sont les policiers qui s'expriment dans les médias ces derniers mois pour pointer une défiance qui semble grandissante envers les forces de l'ordre, un certain respect de la fonction policière qui aurait tendance à disparaître. Une observation que confirme Vincent Gilles: "en matière d'approche de l'action policière, la société actuelle n'est pas pacifiée", résume-t-il. Les agents font de plus en plus face à des citoyens qui ne veulent pas obéir, voire se montrent violents, se mettant parfois eux-mêmes en danger en refusant d'obtempérer.

Du côté du SLFP, on estime que la voie vers une pacification vis-à-vis du corps de police passe nécessairement par une répression plus stricte, du côté des magistrats. "Lorsqu'il y a violence contre une personne dans l'exercice d'une fonction d'autorité, il faudrait que le juge soit obligé de prononcer la peine la plus lourde dont les faits sont passibles. Trop souvent, une personne qui a été violente envers un policier s'en tire avec une simple suspension du prononcé, par exemple parce que 'c'était la première fois'. Peu importe pour nous qu'il s'agisse de la première ou de la sixième fois, il faut que ces faits soient sanctionnés", estime le président du syndicat.

Cette préoccupation est également mise en avant par le vice-président du groupe Police du même syndicat libéral, Vincent Houssin: "pour de simples coups et blessures, une peine de prison de 8 jours à 6 mois est possible. Souvent, cela aboutit à une peine avec sursis", explique celui-ci. "Notre proposition est que, même pour de légers coups et blessures, on inflige une peine de 6 mois". Pour des coups plus lourds, entrainant une invalidité permanente, "ce qui arrive souvent" selon Vincent Houssin, il faudrait "automatiquement appliquer la peine maximale de 5 ans".

Est-ce que le risque d'un simple contrôle ou d'une autre action policière qui vire au drame, comme cela est arrivé à Spa, hante les agents dans leur boulot quotidien? Pas vraiment, répond pourtant le président du syndicat policier: "On pense à cela, mais on ne vit pas avec une crainte constante de mourir dans l'exercice de nos fonctions. Pour les policiers, la préoccupation principale reste le service à la population".