Faits divers Melissa F. raconte sa vie de femme de djihadiste devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

Elle distribue les grands sourires, parle d’une voix fluette mais claire et n’est pas impressionnée outre mesure par le tribunal.

Melissa F., 22 ans, cheveux rabattus en chignon et petit tailleur élégant, a donné une autre image que celle d’une femme musulmane soumise à son mari djihadiste.

Cette jeune femme a pourtant tout perdu.

Pour une tentative de départ en Syrie via la Grèce en vue de retrouver son mari, elle vit en prison depuis 10 mois, a perdu la garde de son enfant de deux ans et risque cinq années de prison.

Sans compter l’hypothèque sur sa future vie professionnelle, si un employeur devait s’intéresser aux trous sur son CV.

Pourtant, hier matin , Melissa F., jugée comme membre d’une organisation terroriste par le tribunal correctionnel de Bruxelles, a porté beau. Elle a d’abord raconté son enfance. Fille d’une mère belge et d’un père libanais, elle est arrivée en Belgique à 7 ans, après une prime enfance chrétienne fervente. "En Belgique, il n’y avait pas cette pratique de la religion. Je ne comprenais pas. Puis, j’ai été formée dans une école où les Marocains étaient majoritaires. L’islam se rapproche beaucoup du christianisme et j’ai bien aimé."

À 15 ans, elle se convertit. En octobre 2012, à l’âge de 19 ans, elle rencontre Yacine Azzaoui, qu’elle épouse… trois ou quatre jours plus tard.

"J’avais fait une dépression, j’habitais chez ma mère, je restais au lit 24h/24, sans presque rien manger. Il y avait des disputes familiales. J’ai vu Yacine comme un sauveteur. Je me suis dit ‘je vais me marier, je serai tranquille."

Rapidement, Melissa dit que Yacine Azzaoui, "pas très religieux", la battait. Il l’aurait aussi forcée à conserver le voile intégral qu’elle avait porté une semaine avant de vouloir s’en débarrasser.

Un enfant naît mais le couple bat de l’aile et se sépare en novembre 2013. En août 2014, Azzaoui part en Irak pour rejoindre les rangs de l’État islamique.

Quelques mois de black-out puis Azzaoui reprend contact.

"J’étais perdue et seule, avec mon fils. J’avais besoin d’un soutien. Pourquoi pas aller le voir et trouver un terrain d’entente ?"

Là, les écoutes téléphoniques et investigations sur ses contacts Facebook révèlent une dérive.

Ainsi, elle explique à une amie vouloir former son fils à devenir un combattant de l’EI à l’âge de 12-13 ans. "Une bêtise, je parlais sans réfléchir."

Aujourd’hui suivie en prison par un imam de l’Exécutif musulman, elle se dit en phase de déradicalisation.

Melissa affirme que ses discussions avec son père chrétien libanais lui a ouvert les yeux.

"Pour lui, ce qui s’est passé est une trahison. Être jugé là pour terrorisme, être affilié à l’État islamique qui tue des chrétiens au Moyen-Orient, c’est trop."

Aujourd’hui, Melissa F. dit "vouloir trouver un emploi et prouver au juge de la Jeunesse que je suis apte à retrouver mon fils. Je n’ai plus envie de quitter la Belgique." Son procès, ainsi que celui de cinq autres coprévenus, s’achève en fin de semaine.

"Je voudrais un monde musulman"

Julie V. comparait libre. Elle avait été interpellée à son domicile alors qu’elle se préparait à partir pour la Syrie. Convertie à l’Islam, cette jeune femme originaire de Belgique comparaissait voilée, hier, devant le tribunal correctionnel. Le parquet fédéral soupçonne la jeune femme d’avoir pris part comme membre à une organisation terroriste. Chez elle, ont été retrouvés une série de carnets roses dans lesquels elle gardait des projets de lettres à sa mère, lui expliquant sa volonté de départ en Syrie. Sa propre fille, entendue par une assistance de justice, a expliqué que Julie V. lui avait parlé du départ en Syrie.

Face au juge , elle a expliqué que "la charia, c’est vivre l’islam dans toutes ses facettes". Elle a aussi dit sa volonté de "vivre dans un État musulman." Sur ses contacts Facebook, épluchés par les enquêteurs de la police judiciaire fédérale, elle a commenté l’image d’une planète Terre recouverte du drapeau de l’État islamique. Ses mots :"Je voudrais un monde musulman." À ces propos, Julie V. dit "C’est une blague". La présidente du tribunal répond : "Je ne suis pas sûre que l’on puisse blaguer sur ce sujet-là."