Faits divers Spectaculaire rebondissement au procès de Jean-Louis Denis où le mystérieux Abdelkader El Farssaoui brille par son absence.

C’est un incident comme Me Sébastien Courtoy sait les concocter savamment. Mais celui-ci, lancé hier matin devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, va faire du bruit. "On a envoyé des gamins dans les bras de l’État islamique en Syrie et ce sont vos services qui l’ont fait", a lancé le pénaliste et défenseur du prédicateur Jean-Louis Le Soumis Denis, à l’adresse de la magistrate fédérale Paule Sommers.

En cause, l’apparition d’un certain Abdelkader El Farssaoui au cœur du dossier. Surnommé Abou Jaber, celui-ci a été désigné par plusieurs prévenus partis en Syrie comme l’homme qui leur avait acheté les billets d’avion et préparé le terrain sur place. C’est en tout cas ce qu’a répondu Murat D., parti au djihad à 19 ans avant de revenir en Belgique. "C’est lui qui aide les jeunes à aller en Syrie. Il avait beaucoup de contactd là-bas. Il m’avait flatté", a précisé le jeune homme, d’origine turque, à la barre.

Là où le bât blesse, c’est qu’Abou Jaber n’est autre… qu’un agent infiltrant, un informateur de la police fédérale ! Une qualité qui lui aurait permis de passer entre les gouttes. Car malgré les charges qui pourraient peser contre lui, El Farssaoui, de nationalité marocaine, n’a pas été renvoyé devant le tribunal. Mardi, le président Pierre Hendrickx s’en était étonné, faisant part de sa "perplexité". "Si cet homme envoie des gens sur zones, peut-on vraiment l’appeler un informateur ?", a précisé hier le président.

Aux accusations frontales de la défense, la procureure fédérale Paule Sommers a répondu que "si Abou Jaber n’apparaît pas ici, c’est qu’on a sérié les poursuites. Ce n’est pas la seule enquête dans laquelle il a été entendu. La défense déplace le débat. C’est une technique qui frise l’outrage", a-t-elle lâché à l’audience.

La magistrate n’a pour autant pas répondu sur le fond, liée par le secret de l’enquête. Qu’un magistrat révèle l’identité d’un agent infiltrant en audience publique constituerait une "infraction pénale" a précisé le président du tribunal. L’après-midi, le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw est monté en personne à l’audience pour demander à ce qu’Abou Jaber ne soit pas entendu. Il n’a pas été suivi.

El Farssaoui a fait parler de lui à deux reprises, et de manière tout à fait fracassante.

La première fois où son nom apparaît, c’est en 2005. Le quotidien espagnol El Mundo fait sa Une avec ses déclarations en tant qu’agent infiltrant de la police espagnole… Recruté sous le nom de code Cartagena, l’homme avait alerté la police des semaines avant les attentats du 11 mars 2004 qui avaient fait près de 200 morts à Madrid. Il avait annoncé aux autorités, sans succès, les noms des hommes qui ont fait exploser les bombes dans plusieurs trains. El Farssaoui était alors présenté comme un imam d’une mosquée de la banlieue de Madrid.

On retrouve une nouvelle fois sa trace en 2013, auprès d’une autre célébrité du terrorisme, Mohamed Merah. Le Parisien révélait le 29 mai 2013 que Merah avait fait un passage à Bruxelles, trois semaines avant les tueries de Toulouse. Il serait venu consulter Abou Jaber pour des questions d’ordre religieux.

En Belgique , El Farssaoui a été plusieurs fois entendu par la police judiciaire fédérale sur son rôle dans l’envoi de jeunes en Syrie. Il a refusé de répondre aux questions des enquêteurs et a été relaxé après audition. Une perquisition menée chez lui avait permis de retrouver… une carte de presse mentionnant son travail à Annoukhba, un bihebdomadaire sportif marocain.

Hier, le tribunal a finalement décidé, de "manière exceptionnelle", de convoquer Abdelkader El Farssouai en tant que témoin. Seul le parquet ayant l’opportunité des poursuites, il ne sera pas convoqué comme prévenu. Reste à savoir si Abou Jaber acceptera de se présenter : il a tout à fait le droit de refuser…