Faits divers

Mutlu Kizilaslan prétend qu'il a voulu que le conducteur immobilise sa voiture pour permettre à Ihsane Jarfi d'en sortir. Parmentier n'aurait pas voulu l'écouter.

Mutlu Kizilaslan est le dernier accusé qui a été interrogé mardi après-midi devant la cour d'assises de Liège au procès des tueurs présumés d'Ihsane Jarfi. Il a minimisé son rôle et contesté son aversion pour les homosexuels. Il a uniquement reconnu avoir porté deux coups à Ihsane Jarfi pour le punir d'avoir évoqué Allah après avoir formulé des propositions homosexuelles. Lors de son interrogatoire par le président Philippe Gorlé, Mutlu Kizilaslan a affirmé qu'il n'aurait pas dû être présent le soir des faits. Il avait participé à la soirée festive mais il devait rentrer chez lui. Ses clés lui ont été subtilisées afin qu'il accepte d'accompagner les trois autres dans le centre-ville. "Je suis resté assis à l'arrière de la voiture et j'étais amorphe, sous l'influence de l'alcool et des sédatifs", a-t-il affirmé.

Comme les trois autres accusés, Mutlu Kizilaslan a soutenu qu'Ihsane Jarfi est monté dans la voiture de son plein gré. Il s'est installé à l'arrière, sur la banquette où se trouvait Lekeu, Kizilaslan et un siège pour bébé. Selon Mutlu Kizilaslan, Ihsane Jarfi était joyeux et disait qu'il allait leur montrer où ils pouvaient trouver des filles. Puis, Ihsane Jarfi aurait fait des propositions homosexuelles et fait part d'une envie de pratiquer une fellation à un musulman.

"Les autres m'ont désigné comme musulman et Ihsane Jarfi a posé sa main sur ma cuisse. J'ai pris cela à la rigolade. Mais Eric Parmentier s'est retourné ensuite et a frappé Ihsane Jarfi. Jonathan Lekeu a lui aussi porté quelques coups de poing. Mais, contrairement à eux, je n'ai pas porté de coups violents à Ihsane Jarfi", a affirmé dans un premier temps Mutlu Kizilaslan.

Selon Mutlu Kizilaslan, c'est Eric Parmentier qui a pris l'initiative de s'éloigner du centre de Liège pour "donner une bonne leçon" à Ihsane Jarfi en raison des propositions homosexuelles formulées. Mutlu Kizilaslan prétend qu'il a voulu que le conducteur immobilise sa voiture pour permettre à Ihsane Jarfi d'en sortir. Parmentier n'aurait pas voulu l'écouter.

Ihsane Jarfi a reçu de nombreux coups avant d'être envoyé dans le coffre de la voiture. Alors qu'il niait initialement avoir participé à la scène, Mutlu Kizilaslan a reconnu avoir porté deux coups à Ihsane Jarfi. "Je l'ai frappé quand il était dans le coffre car il priait et évoquait Allah. Je n'ai pas accepté qu'il fasse une allusion à Allah alors qu'il avait formulé des propositions homosexuelles quelques instants auparavant", a reconnu Mutlu Kizilaslan.

Mutlu Kizilaslan affirme qu'il était amorphe lors des différentes autres scènes de coups, qu'il n'y a pas participé et qu'il n'a pas bien réalisé leur incidence. "Je n'ai pas senti que cela allait se terminer comme cela. Pour moi, Ihsane Jarfi allait rentrer chez lui", a-t-il soutenu.

Durant l'enquête, Mutlu Kizilaslan a tenu des propos qui démontreraient son homophobie. Mais il a contesté cette homophobie lors de son interrogatoire. "Ce n'est pas parce que j'ai tenu des propos désagréables envers les homosexuels que je suis homophobe", a-t-il annoncé.

Mercredi matin, le président poursuivra les interrogatoires des quatre accusés par le biais des questions formulées par les différentes parties. Cette étape de la procédure devrait aussi permettre de confronter les accusés sur les différences qui existent entre leurs déclarations.

"J'ai voulu punir et humilier Ihsane Jarfi"

Eric Parmentier a reconnu mardi matin lors de son interrogatoire devant la cour d'assises de Liège qu'il a été le premier à porter des coups à Ihsane Jarfi. Cet accusé n'avait pas supporté d'être ciblé par une proposition homosexuelle. Mais il affirme que l'objectif initial de leur agression était d'humilier Ihsane Jarfi et de le punir pour "son manque de respect". Eric Parmentier est le second accusé qui a été soumis à l'interrogatoire du président Philippe Gorlé pour s'expliquer sur les faits qui ont causé le décès d'Ihsane Jarfi. Cet accusé, qui était au volant du véhicule dans lequel Ihsane Jarfi est monté la nuit du 22 avril 2012, s'est adressé à la famille de la victime et a affirmé qu'il allait leur donner la vérité sur ce qu'il s'est passé.

Cet accusé a confirmé les circonstances dans lesquelles il s'est rendu à Liège et a immobilisé sa voiture devant l'Open Bar. Après une tentative d'approche envers une fille, ils ont vu Ihsane Jarfi s'adresser à eux, pour leur indiquer un endroit où trouver des filles. Il est monté dans la voiture. Mais c'est ensuite que son comportement aurait énervé les quatre accusés.

"Il a fait une proposition homosexuelle, en affirmant qu'il voulait sucer un musulman. On lui a dit que Mutlu Kizilaslan en était un. Ihsane Jarfi a mis sa main sur la jambe de Kizilaslan qui l'a repoussé. Il s'est ensuite adressé à moi et m'a fait une proposition. Je l'ai mal prise. Je me suis retourné et je lui ai mis trois ou quatre coups de poing", a exposé Eric Parmentier.

Selon Eric Parmentier, alors qu'il conduisait sa voiture vers l'extérieur de la ville, les autres passagers ont également porté des coups à Ihsane Jarfi. Ils ont ensuite eu l'idée de le placer dans le coffre. "Il s'agissait de lui faire peur en raison du manque de respect qu'il avait eu envers nous en nous adressant ces propositions homosexuelles", a précisé Eric Parmentier.

Eric Parmentier a soutenu que Jérémy Wintgens lui a demandé de rouler vers un endroit tranquille. Durant le trajet, Lekeu et Kizilaslan étaient tournés en direction du coffre et portaient des coups à Ihsane Jarfi qui priait et implorait Allah. L'accusé a affirmé que, lorsque la scène s'est transformée en agression, l'idée était uniquement de déshabiller Ihsane Jarfi pour l'humilier. "Il s'agissait de l'abandonner en pleine campagne, de le punir par rapport à son manque de respect et de l'obliger à revenir cul-nu vers Liège", a prétendu Eric Parmentier.

Eric Parmentier a soutenu que Jonathan Lekeu et Jérémy Wintgens ont porté les premiers coups violents à Ihsane Jarfi. "Lors d'un second arrêt, il a voulu s'enfuir en passant sous des barbelés. J'admets que je lui ai porté quelques gifles à cet instant. On l'a replacé dans le coffre et on a roulé. Au troisième arrêt, dans un sentier, on l'a sorti du coffre inconscient. On l'a laissé là. Je n'ai pas imaginé l'amplitude des coups qu'il a reçus. J'ai uniquement pensé qu'il avait le nez cassé. Pour moi, il allait se réveiller et rentrer chez lui", a soutenu Eric Parmentier.

Eric Parmentier conteste l'intention homicide et l'homophobie. "Je ne suis pas homophobe mais sa proposition homosexuelle m'a manqué de respect. J'ai voulu l'humilier et le punir par rapport à ce manque de respect!"