Faits divers

Le prêtre à la retraite a eu des propos très durs lundi, à la Chambre, contre l’institution catholique

BRUXELLES Début en fanfare lundi avec l’audition de Rik Devillé. La commission spéciale “abus sexuels” de la Chambre – mise en place pour étudier les faits de pédophilie, notamment, dans l’Église – a commencé ses auditions lundi en recevant le prêtre à la retraite.

Rik Devillé s’était fait remarquer récemment en accusant le cardinal Danneels d’étouffer des faits pédophilies commis par un prêtre et portés à sa connaissance.

Lundi, il se présentait devant la commission en sa qualité de fondateur du groupe de travail Droits de l’homme dans l’Église – qui a vu transiter quelque 424 dossiers concernant “des faits graves” .

On s’attendait dès lors à des propos acerbes de la part de M. Devillé. Les députés n’ont pas été déçus. Au terme d’un long exposé, le prêtre retraité a estimé que “la culture même de l’Église est à la base des abus sexuels” commis sur des mineurs ou des adultes. “L’Église a toujours eu connaissance de ces faits, mais les a niés systématiquement. Elle n’a pas agi de la sorte pour s’inscrire dans un complot. Mais bien parce que cela faisait partie de sa culture.” Il ajoute que ce qui est vrai en Belgique l’est aussi à l’étranger.

Concrètement, Rik Devillé a expliqué que l’Église invitait les victimes d’abus à étouffer les faits, à les oublier. “Une culture de l’étouffement” , ont résumé des parlementaires. “Un sentiment de supériorité s’est développé dans l’Église autour de la fonction de prêtre” , reprend le témoin. “Être violé par un prêtre n’est pas la même chose que d’être violé par un boucher par exemple… L’idéologie catholique veut que le prêtre soit une personne unique en qui l’on doit avoir croyance et confiance.”

Ses propos, il les justifie évidemment. Selon lui, aussi bien l’Église belge que le Vatican invite les fidèles au silence. “Rome considère qu’il vaut mieux aller en prison que de dénoncer un prêtre” , s’emporte Rik Devillé, en sortant une lettre envoyée par le Vatican. “De tels propos sont scandaleux.”

Enfin, il soulève une problématique qui sera au centre des débats de la commission : “Les agissements conjoints de l’Église et de la Justice” . Il les prouve par des récits livrés à son groupe de travail par des policiers…

Exemples. Pourquoi sont-ce des enquêteurs de la section fraude et non mœurs qui ont auditionné des victimes par le passé ? Pourquoi a-t-il été demandé à des policiers de biffer des phrases dans des P.-V. d’audition ? Pourquoi n’a-t-il pas été possible de lever la prescription sur une succession de faits ? Pourquoi certains documents n’ont pas été transférés à temps, empêchant ainsi des devoirs d’enquête complémentaires ? Etc. La liste est longue.



© La Dernière Heure 2010