Faits divers

Ces deux dernières années, la crise migratoire a été traitée sous l’angle humain, d’abord. Sous l’aspect politique, ensuite. Sous le prisme sécuritaire, surtout. La DH a décidé de soulever le voile sur l’un des points de vue souvent délaissé : le côté financier.

Le budget de Frontex multiplié par 48

Quand l’on parle de contrôle aux portes de Schengen, il est impossible de ne pas mentionner Frontex, l’agence de surveillance des frontières, aujourd’hui devenue l’Agence européenne de gardes-frontières et de gardes-côtes. Son budget est consultable sur son site internet, dans l’onglet "gouvernance". L’écart entre 2005 et 2017 donne le vertige : de 6.280.202, il passe à 302.029.000. Comment un tel bond est-il possible ? Frontex le justifie par son niveau d’activité et l’extension (récente, en octobre dernier) de son mandat. "En 2005, l’agence venait d’être créée. Nous effectuons beaucoup plus de missions aujourd’hui." Il faut dire qu’en dix ans, le visage de l’Europe a changé. En examinant le budget de plus près, un élément déclencheur saute aux yeux. Ainsi, en 2015, 143.300.000 euros lui sont alloués. L’année suivante ? Il s’agit de 254.035.000. Une hausse d’environ 177 %.

Que s’est-il passé entre les deux ? La crise migratoire. "La grande gagnante du renforcement des frontières, c’est l’industrie de la sécurité", confie une source officielle, sous couvert d’anonymat. L’année dernière, un rapport du Transnational Institute (TNI), intitulé Border Wars (la guerre des frontières) dressait la même conclusion. Selon ce document, qui traite de frontières de plus en plus militarisées, "malgré un taux élevé de morts, la réponse de l’Europe s’est moins concentrée sur l’aide aux réfugiés et plus sur le renforcement de la sécurité aux frontières avec, pour objectif, de maintenir les réfugiés dehors."

Des missions trop vastes

Frontex marque un point : l’agence emploie plus de personnel (experts en screening, experts en débriefing, officiers spécialisés dans la détection des véhicules volés, gardes-frontières, interprètes, officiers spécialisés pour l’enregistrement des empreintes digitales) et ses missions sont bien plus diversifiées qu’en 2006. "Voire trop", continue notre source. "Je ne dis pas que Frontex est inutile. Mais il suffit de regarder leurs prérogatives pour douter de leur efficacité. Voitures volées, trafic de drogues et de documents falsifiés, migration illégale, traite des êtres humains, détection de la pêche illégale et de la pollution marine... À force de tout vouloir faire, on ne fait plus rien correctement."

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