Faits divers

Spécialiste des affaires judiciaires et des tueurs en série, Stéphane Bourgoin analyse les crimes des mères infanticides

DIEST Sans dresser de conclusions sur l’affaire de Diest, Stéphane Bourgoin, spécialiste européen des tueurs en série, nous explique pourquoi les infanticides semblent être le crime par excellence des femmes.

Il convient tout d’abord de distinguer plusieurs types d’infanticides…

“En effet, marquons la différence entre les dénis de grossesse, les néonaticides (tuer ses enfants en bas âge) et les infanticides de masse. Dans chacun de ces cas, les raisons diffèrent… Le dernier point aborde des tueuses en série qui souvent souffrent du syndrome de Munchausen par procuration. Je me souviens d’une Américaine qui avait tué neuf de ses enfants sur une période de 20 ans. Elle leur infligeait des sévices et venait à l’hôpital, telle une mère sauveuse, demander du secours, et cela aussi pour attirer l’attention et la pitié…”

Tuer son propre enfant semble être le crime par excellence des femmes. Comment l’expliquer ?

“Parlons ici des néonaticides. Ce sont elles qui les ont portés dans leur ventre, qui leur ont donné naissance. En cas de problèmes de couple, d’isolement extrême et de séparation imminente, elles ne se retournent pas contre leur mari directement, mais détruisent leurs enfants pour se venger de leur partenaire. C’est ce que Geneviève Lhermitte a fait. Elles veulent en quelque sorte punir leur compagnon en ôtant la vie de leurs enfants. Actes dont elles savent pertinemment bien qu’il est odieux. Souvent, ces dernières veulent d’ailleurs partir avec eux en se suicidant.”

Quelques indications sur le profil de ces femmes ?

“Elles sont souvent isolées socialement et n’ont pas beaucoup de contact à l’extérieur. Les mères infanticides ont vécu une enfance terne, et l’entente dans leur couple est souvent catastrophique. Cela se passe très mal. D’ailleurs, elles ne supportent plus que leur mari voie ses enfants, même le week-end. Alors que lui, acculé, tuera plutôt sa femme, elle s’en prendra aux enfants.”

On a l’impression que ces actes désespérés se multiplient avec le temps…

“J’en discute souvent avec les autorités policières et juridiques, en France. Bien que les infanticides aient toujours existé, nous craignons que la crise économique et sociale que nous traversons, l’avenir sombre qui nous attend vont faire grimper le nombre de ces tueries à caractère familial.”



© La Dernière Heure 2012