Faits divers

On a pu tuer un bijoutier à cinquante mètres du commissariat central

BRUXELLES Bruxelles, dont le petit commerce endure la délinquance, n’a plus de TéléPolice, renonce au système et n’a pas l’intention de le remplacer.

Des commerçants abonnés de Bruxelles-ville l’ignorent peut-être, mais ils ne sont en réalité plus connectés du tout au service de police, leur TéléPolice ayant purement et simplement été supprimé .

Samedi matin, un bijoutier a pu être tué dans son commerce à 50 mètres du commissariat central du corps de police le plus important en effectifs du pays. Alors que les mêmes commerces bénéficient dans les autres communes bruxelloises de la protection maximale du TéléPolice Vision des années 2010, accessible à 54,90 € par mois (fiscalement déductibles à 120 %).

Après Evere, Saint-Josse et Schaerbeek l’an passé et Uccle, Watermael-Boitsfort, Auderghem au printemps, ce sont Anderlecht, Forest, Saint-Gilles, Molenbeek, Ganshoren, Koekelberg, Jette et Berchem qui embraient avant 2011.

Si TéléPolice Vision avait été installé rue du Midi, un opérateur de la police aurait assisté en direct à l’entrée des auteurs et, en six secondes, des collègues armés seraient intervenus dans la bijouterie Aprilis.

À Uccle, le premier à avoir adopté TéléPolice Vision est le bijoutier Rubin. “Mais à Bruxelles, pas question”, confirme Marion Lemesre (MR) : “Le vieux système des années 1990 a tout simplement été débranché. Il était devenu obsolète et même dangereux : des commerces, pharmacies, bijouteries, night-shops, etc. se croyaient connectés alors qu’ils ne l’étaient plus. En 20 ans, la technologie a fait des pas de géant mais à Bruxelles, nous sommes revenus à l’âge de pierre”.

Selon Marion Lemesre, l’arrivée de TéléPolice Vision crée, en Région bruxelloise, une sécurité à deux vitesses : les commerçants, comme à Schaerbeek, qui y ont droit, et les autres, comme M. Dominique Legros.

Le nouveau TéléPolice retransmet le vol à main armée en temps réel au commissariat avec son et qualité d’image CCD optimaux, possibilité pour l’opérateur de parler au commerçant dans son magasin sans lui faire courir de risque : en choisissant le meilleur moment pour obtenir les premières infos (direction prise lors de la fuite, description des auteurs, etc.).

S’ajoute à l’écran le plan détaillé du commerce (issues, emplacement du coffre, etc.) et la possibilité de coupler le dispositif aux caméras de la voie publique, de zoomer sur le commerce attaqué, etc.. Les images (24 h/24, sans besoin de réamorcer) sont indestructibles : inutile de vouloir voler la cassette.

Sur Schaerbeek, qui fut une commune difficile, TéléPolice Vision réduit spectaculairement depuis 2009 la criminalité et, selon le chef de zone David Yansenne, permet une identification maximale des auteurs. Mais, surtout, sa seule présence affichée est une dissuasion efficace.

C’est pour de “pures raisons politiques” , selon Marion Lemesre, que Bruxelles s’obstine à ne pas vouloir en entendre parler : “Certes, les caméras de la voie publique se multiplient en ville, mais qu’on ne se leurre pas, ces caméras sont en priorité pour les manifs et le roulage.”

Confirmation enfin à la Ville de Bruxelles : “Le système TéléPolice est supprimé à 1000 Bruxelles. Le matériel était devenu trop vieux, ne fonctionnait plus correctement et était source d’erreurs et de confusion. […] La police ne prévoit pas de le remplacer.”



Gilbert Dupont



© La Dernière Heure 2010