Faits divers Selon le dernier rapport d’Unia, le nombre de dossiers pour homophobie a crû de 10 % par rapport à l’an passé.

À la veille de la Gay Pride, ce samedi dans le centre de Bruxelles, Unia dévoile ses nouvelles statistiques en matière d’actes homophobes. Le constat est inquiétant : 104 dossiers ouverts l’an passé, soit une hausse de 12 % par rapport à 2015. Et un bond de 30 % par rapport à 2014. À titre de comparaison, 80 dossiers avaient été ouverts en 2012.

Un petit tiers de ces agressions se déroule dans la sphère sociale : espace public, cercle familial, voisinage. "Si l’égalité des droits fait l’objet d’une acceptation intellectuelle dans notre société, on constate que la confrontation directe pose encore problème, implique un rejet impulsif", constate le président d’Unia Patrick Charlier.

Une autre part importante (29 %) concerne des dossiers liés à des propos haineux ou discriminatoires sur les réseaux sociaux, les forums de discussion, etc. La discrimination sur le lieu de travail concerne la troisième part des dossiers ouverts (19 %) : le fameux "plafond rose". "Quand quelqu’un fait son coming out dans une entreprise, ça peut tourner mal. La personne n’est pas forcément virée mais sa progression dans l’entreprise peut être freinée. C’est très difficile à prouver mais c’est un vrai ressenti dans la communauté."

Pour Patrick Charlier, cette augmentation est surtout "le reflet de notre activité. Une bonne campagne médiatique incite les victimes à prendre contact avec nous." Un autre phénomène peut expliquer ce retour de l’homophobie en Belgique : les manifestations contre le mariage pour tous en France en 2012 et 2013. "L’intensité de ces manifestations a libéré la parole homophobe et cela a fait tache d’huile en Belgique", constate Jonas, militant gay de 26 ans. "Les homophobes qui avaient peur de l’ouvrir, ceux qui voulaient casser du PD se sont dit qu’ils pouvaient plus facilement passer à l’action."

Sur les 104 dossiers ouverts, trois ont terminé devant un tribunal, dont la tentative de meurtre à l’encontre de Guy, violé, tabassé puis jeté dans l’eau glacée de l’Ourthe en janvier 2015. Les deux agresseurs homophobes avaient été condamnés à 11 et 7 ans de prison.


L’homophobie sur le même plan que le racisme

Selon Unia, le dispositif anti-discrimination homophobe peut être amélioré.

Unia a envoyé 26 recommandations au gouvernement. Parmi celles-ci, qui devraient être débattues en commission Justice à l’automne, plusieurs paraissent primordiales aux yeux de Patrick Charlier. "Tout n’est pas noir en Belgique. Globalement, nous trouvons que la législation est assez bonne quand on le compare à nos voisins mais elle peut être améliorée sur certains aspects."

1) "Les associations LGTB ne comprennent pas pourquoi les propos à caractère homophobe ne font pas l’objet des mêmes procédures judiciaires que celles liées aux propos à caractère raciste."

En clair, les propos à caractère raciste sont jugés devant le tribunal correctionnel tandis que les propos à caractère homophobe relèvent du délit de presse, jugé aux assises. "Il n’y a donc aucune chance qu’on aille aux assises pour de tels faits, ce qui crée un sentiment d’impunité total."

2) Un groupe prônant une conception raciste, ségrégationniste, etc. peut-être poursuivi. Mais pas un groupe prônant une conception homophobe…

3) Si on vole quelqu’un parce qu’il est homo, la justice ne prend pas en compte le mobile abject - qui double la peine. Idem s’il y a torture, traitement inhumain et dégradant à l’encontre d’un LGTB : pas de mobile abject.

4En matière d’emploi, la loi anti-discrimination prévoit des mesures de protection contre les représailles. Mais la procédure est trop longue, trop complexe. Elle doit pouvoir être activée dès que la preuve du délit est actée. "Si Unia envoie un courrier chez un patron pour lui faire part d’un problème au sein de sa société à l’encontre d’un employé homo , le mécanisme de protection doit pouvoir être activé."

5Faciliter la charge de la preuve. En droit, la charge de la preuve implique que "la nécessité de la preuve incombe à celui qui se plaint". Cela a pour conséquence que, dans la tête des victimes, ça ne sert à rien de porter plainte car il est très difficile de prouver l’acte homophobe.


"J’ai pris des cours de self-défense"

Témoignage de Jonas Lecharlier 26 ans, de Namur. "La semaine passée en pleine rue, un imbécile s’est retourné et a crié : ‘Sale PD !’, parce que je tenais la main de mon compagnon. Je me suis blindé par rapport à ça. Porter plainte pour des insultes homophobes, ça n’aboutira jamais. Il faut des preuves, des témoins, etc. À la limite, et c’est dramatique, il faut de la violence physique pour que ça soit vraiment reconnu et poursuivi. En septembre dernier, je militais aux Fêtes de Wallonie. Quelqu’un est venu dans mon dos et m’a bousculé : ‘C’est quoi ce drapeau de PD !’ Je réponds calmement mais la tension monte vite. Il a tenté de me frapper mais je l’ai bloqué par une clé de bras. J’ai pris des cours de self-défense. Puis, la police est arrivée. L’agresseur a passé la nuit au poste mais je n’ai pas porté plainte par peur que cela renforce encore son sentiment homophobe."


La Belgian Pride mieux sécurisée

La 22e édition de la Belgian Pride, qui se tiendra dans les rues de Bruxelles, ce samedi, sur le thème de l’asile et de la migration, verra sa sécurité renforcée. Bien que les chars soient toujours autorisés, les rues dans lesquelles ceux-ci déambuleront seront fermées à la circulation. "Toutes les rues seront fermées par la police et des blocs de béton ainsi que d’autres obstacles seront placés afin d’éviter les attaques à la voiture bélier", commente le coordinateur de l’événement, Elio De Bolle. Quatre accès seront cependant exclusivement destinés aux riverains. Pour accéder au village de la Pride, qui sera installé sur le mont des Arts, les participants devront également passer des contrôles de sécurité.