Faits divers

Quintuple infanticide. Une mère "au bout du rouleau" seule avec cinq enfants et un mari "en vacances " depuis un mois...

La réaction du bourgmestre de Nivelles, recueillie par la rédaction de Ciel Radio

BRUXELLES Catherine Lhermitte, avec Mireille, l'autre soeur de Geneviève qui a supprimé ses cinq enfants hier à Nivelles. Catherine qui détient seule l'explication du drame. Et que nous rencontrons hier à Bruxelles, quand ELLE NE SAIT PAS ENCORE. "Écrivez, dit-elle quand nous lui annonçons l'horreur, écrivez que si ma soeur a fait cela, c'est parce qu'elle était à bout, seule depuis un mois avec ses enfants tandis que son mari était en vacances en Algérie. Écrivez que ma soeur adorait ses enfants plus que tout au monde, qu'elle se sacrifiait pour eux, qu'elle aurait tout donné et encore plus mais qu'elle n'en sortait plus depuis trop longtemps. Et surtout, écrivez que tout cela, en finale, remonte à l'enfance, je dis bien à l'enfance, quand nous étions, nous les trois filles, les trois soeurs, considérées constamment par nos parents comme des bonnes à rien..."

Catherine ne réalise pas. Elle hurle, comme une bête. Quitte la maison, s'enfuit en rue. Il faut la rattraper, la convaincre de rentrer. "Nous habitions rue Vanderkinderen à Uccle avec des parents qui nous disaient et répétaient que nous étions des filles laides. Geneviève, mon père disait qu'elle ne serait même pas bonne plus tard pour tirer des charrettes dans un supermarché. Geneviève a triplé sa 4e. Ils l'ont mise au Ceria qu'elle a malgré tout terminé à Anderlecht, puis à l'école professionnelle Berkendael où elle a d'ailleurs rencontré son mari, Bouchaïb Moqadem. Ils se sont mariés en 1990. Geneviève, qui n'avait pas reçu d'amour étant enfant, rêvait d'une famille nombreuse pour créer autour d'elle ce bonheur auquel elle n'avait pas eu droit. Elle était enseignante : elle a interrompu pour s'occuper des petits."

Catherine Lhermitte montre les photos. Des photos de bonheur. Qui voit ces photos sait que Geneviève adorait ses petits. Des enfants bien élevés, bien soignés, adorables. Souriants. La famille à la mer. Les deux ans de Mehdi, le petit dernier. Un bonheur vrai, qui ne ment pas. Le papa au milieu. Les enfants qui l'entourent. Oui, le bonheur. Mais, invisibles, des fêlures terribles, séquelles selon Catherine, des blessures d'enfance et d'adolescence jamais traitées, jamais guéries. "Au moins moralement, nous étions, et Geneviève était, maltraitées, je l'affirme. Je leur en veux, si vous saviez..."

Un silence lourd. Catherine : "Ils la rabrouaient constamment. Elle était comme nous la servante de la maison. Vous ne pouvez imaginer ce que nous avons vécu, ce qu'elle a encaissé".

Résultat ? Catherine est anorexique. Et Geneviève était, dit-elle, en thérapie DEPUIS SIX ANS, suivie par un psychiatre. Et le mari qui rentrait hier de ses "vacances". "Geneviève m'a téléphoné hier (mardi) après midi. Je la sentais au bout du rouleau. Seule, elle n'en pouvait plus. Elle avait déjà été très mal mais pas comme cela... En plus, Yasmina, l'aînée, était malade et Geneviève courait de médecin en médecin qui ne trouvaient pas. La petite avait quelque chose aux doigts; ça durait et personne ne trouvait. Elle avait rendez-vous aujourd'hui chez un allergologue."

Du portrait que Catherine fait de sa soeur, il ressort déjà que Geneviève relèvera de la Défense sociale. La procédure sera longue mais il étonnerait que les experts qui l'examineront, dans les semaines qui viennent, ne préconisent pas l'internement. "Je vous jure qu'elle aimait ses gosses. Aimer d'aimer. Ses enfants étaient toute sa vie. Elle n'avait qu'eux. Je ne veux pas qu'on la salisse. Je demande qu'on cherche à la comprendre. Geneviève a toujours été forte et courageuse et une maman exemplaire. [...] Pour en être arrivée là...

Et Catherine s'interrompt. Pour hurler. "De si beaux enfants, tous les cinq. Yasmine, Norah, Myriam, Mina, Mehdi. C'est pas possible. Mon Dieu, c'est pas possible. Quel désespoir. Quel acte de désespoir de vouloir emporter ses enfants avec soi, pour une maman."

Geneviève Lhermitte avait besoin d'aide, c'est évident. Comment personne n'a-t-il rien vu ? Comment aucun service social n'est-il intervenu ?



© La Dernière Heure 2007