Faits divers Y. A., 33 ans, reconnaît avoir spéculé sur la monnaie numérique mais dit qu’il "ne se rendait pas compte qu’il était dans l’illégalité".

L’un des trois hommes placés sous mandat d’arrêt dans l’affaire des échanges de monnaie numérique (bitcoins) et d’argent liquide est un policier d’une zone bruxelloise, âgé de 33 ans, a-t-on appris hier, ce que confirme son avocat, Me Dimitri De Béco.

Y. A., un francophone domicilié à Jette, a été inculpé de blanchiment, la semaine dernière, par un juge d’instruction de Hasselt. Son petit frère, I. A., qui n’est pas policier, se trouve lui aussi sous les verrous.

Selon nos informations, Y. A. louait un box de garage situé à Evere, dans lequel 90.500 euros en cash ont été retrouvés, cachés sous la roue de secours d’un véhicule stationné. Il a demandé sa libération devant la chambre du conseil mais celle-ci l’a maintenu en détention pour les besoins de l’enquête.

Le parquet fédéral a indiqué, lundi, que 100.000 euros en liquide et 300.000 euros "sur des comptes auprès d’établissements financiers et de fournisseurs de services Internet" ont été saisis, après une enquête longue de plusieurs mois.

Y. A. et son frère sont soupçonnés d’avoir effectué de nombreuses transactions de bitcoins, cette monnaie numérique, en argent liquide, et inversement.

Les échanges étaient effectués, selon les enquêteurs, sur le darknet, ce réseau informatique permettant l’anonymat total de nombreux criminels. Il est utilisé dans le cadre de trafic d’armes ou de stupéfiants, permettant à des réseaux de blanchir l’argent issu de la criminalité.

Les frères A. sont soupçonnés d’avoir mené ces échanges lors de brèves rencontres en Belgique, mais aussi aux Pays-Bas et en Allemagne, qui se tenaient dans des lieux publics tels que des parkings, des hôtels ou des fast-food.

Selon Me Dimitri De Béco, le policier bruxellois est en aveux d’avoir "spéculé sur la valeur des bitcoins mais il ne se rendait pas compte qu’il était dans l’illégalité".

Il précise : "C’est un phénomène relativement nouveau et mon client a vu ça comme un hobby pour arrondir ses fins de mois. Il ne pensait pas à mal. Il ne conteste pas avoir assez rapidement touché de l’argent avec cette spéculation mais n’avait pas l’impression d’être dans l’illégalité. Il lui est reproché le fait que ses interlocuteurs soient issus d’un milieu peu recommandable."

Y. A. n’a pas fait appel de la décision de la chambre du conseil mais entend demander à nouveau sa libération conditionnelle dans un mois.

Un troisième homme, Tommie V., un Néerlandais de 24 ans, a été placé sous mandat d’arrêt le week-end dernier dans le cadre du même dossier.

L’enquête est toujours en cours "afin d’identifier les clients des suspects et, si possible, mettre à bas leurs trafics. Cette enquête s’inscrit d’ailleurs bien dans la lignée du récent démantèlement des marchés en ligne clandestins Alphabay et Hansa dans le cadre d’enquêtes pénales à l’étranger", avait précisé, lundi, le parquet fédéral.

Philippe Van Linthout, juge d’instruction malinois : "Dans le marché parallèle, tout le monde paye en bitcoins"

Quels sont les moyens d’investigation pour mettre à mal les réseaux qui sévissent sur le darkweb ?

" Dans le marché parallèle nommé darkweb, tout le monde paye en bitcoins. Le possesseur veut ensuite l’échanger contre du cash, afin de payer dans le monde réel et c’est là que nous pouvons agir. Enquêter sur ces réseaux est très compliqué. Mais les paiements laissent des traces, qui figurent sur ce qu’on appelle le blockchain. Il s’agit d’un historique infalsifiable et caché qui permet de tracer ce qui a été acheté ou vendu. "

A-t-on une idée de ce que représentent les échanges sur le darkweb, en Belgique ?

" Cela doit être gigantesque. Lors d’une enquête que j’ai menée sur un cybercrime, j’ai été amené à bloquer une boîte postale dans laquelle les stupéfiants étaient échangés. Les quantités de drogue étaient énormes. Mais le problème est que l’on ne sait pas ce qui se passe vraiment sur le darkweb. C’est le grand problème de l’Internet. La liberté qu’il procure est formidable mais elle offre des moyens aux criminels de passer sous les radars de la justice et de la police. "

Le volet international de ces enquêtes rend-il les choses plus difficiles ?

" Le fait que les échanges se fassent entre des criminels issus de différents pays pose évidemment le problème de la coopération internationale, sans laquelle il est impossible d’obtenir des résultats. "