Faits divers

Voilà la recruteuse du trafic qui envoyait des femmes naïves se faire piéger au Japon et au Brésil

BRUXELLES Onze suspects dont six femmes sont inculpés à Bruxelles par la juge d’instruction, Mme Sophie Huguet, dans l’enquête sur le trafic international de fausse poussière de diamant. Cette filière démantelée l’an passé vaut à plusieurs Belges d’être incarcérés depuis plusieurs mois au Brésil et au Japon pour trafic de crystal meth, une drogue synthétique psychostimulante.

Deux des 11 membres présumés du réseau Poussières de diamant sont encore actuellement détenus à Bruxelles dont Bouchra G., 38 ans, de Bruxelles, en aveux d’avoir été la recruteuse. Elle persuadait des femmes naïves de se livrer au trafic. Elle repérait des femmes sans passé judiciaire et vulnérables, des femmes souvent seules et ayant enfant à charge.

Depuis son arrestation, Bouchra G. soutient que les vrais organisateurs du réseau se trouveraient à Londres. Elle ajoute qu’elle pensait de bonne foi que les valisettes contenaient du diamant. Selon l’enquête menée depuis octobre 2011 à Bruxelles, nos compatriotes interpellés au Brésil et au Japon appartenaient à une seule et même filière internationale, une filière très organisée disposant de points de chute à Bruxelles, Paris, Londres, Luxembourg, Dubaï et Freetown en Sierra Leone.

Entre-temps, des Belges – dont plusieurs mères d’enfants en bas âge – jugés à Tokyo et au Brésil y sont déjà condamnés à des peines de 5, 6 et 8 ans ferme.

À Bruxelles, l’instruction n’est pas terminée.

Le démantèlement en Belgique a été opéré en toute discrétion par les Stups de la PJF.

Le dossier est déjà épais de 14 cartons et des commissions rogatoires internationales ont été organisées au Brésil et au Japon.

Lors de celles-ci, des mules ont confirmé qu’elles avaient été recrutées dans des établissements précis à Bruxelles, des lieux à la mode. Beaucoup ont cité le nom de Bouchra G. Celle-ci leur garantissait que tout était parfaitement légal, s’agissant de poussières de diamant dont le transport est licite sous certaines conditions. Les certificats nécessaires leur seraient fournis.

Preuve supplémentaire qu’il s’agissait de diamant, la poussière rayait les surfaces vitrées.

On leur en faisait la démonstration. Les mules trop naïves ignoraient que les nouvelles drogues de synthèse possèdent la même particularité.

Elles recevraient 3.000 ou 4.000 euros par voyage. Les frais étaient pris en charge. Elles devaient confier dans leur entourage qu’elles partaient en vacances pour quelques jours.

Il leur suffisait de suivre les instructions qu’elles recevraient en se rendant à Londres, au Crystal Palace Queens Hotel, lieu de la première étape.

En charge du recrutement en Belgique, Bouchra G. affirme avoir été abusée.

La famille d’une Belge arrêtée au Japon a pourtant déposé plainte à Bruxelles pour menaces de mort. Selon son avocat Abdelhadi Amrani, Bouchra G. menaçait de mort celles qui parleraient.

Porte-parole du parquet, la substitute Mme Anja Bijnens confirme les 11 inculpations dans ce dossier; du chef de trafic international de stupéfiants, dans le cadre d’une organisation criminelle.



© La Dernière Heure 2012