Faits divers Un Belge retourne pour la première fois au Congo où, jeune enseignant, il a eu un enfant avec une élève dans les années 1970.

Voilà plus de quarante ans, le Belge Karl Cortebeeck a vécu au Congo qu’on appelait alors Zaïre. Tout jeune enseignant chez les pères, il y a rencontré l’amour en la personne d’une élève en dernière année, Kanon Mukamb. Karl avait 23 ans, Kanon 20. Ils ont eu un enfant et ça a fait scandale. Le Belge a dû rentrer. Il n’a jamais revu son fils.

Karl a aujourd’hui 65 ans. Depuis lundi, il est à Lubumbashi pour retrouver la famille de Kanon et pour la première fois, serrer dans ses bras son fils Uzani. L’histoire est extraordinaire. Dans ses bagages, le Belge n’a pas oublié d’ajouter des vêtements pour enfant, des poupées Barbie et une Play Station 4. Il est en effet grand-père au Congo de trois petits-enfants.

Quant à son fils de 43 ans, il lui a demandé de lui apporter quelque chose qui lui parle de son passé : Karl lui offrira la bague de fiançailles de ses propres grands-parents.

Nous étions en 1972. À l’institut Muungagi de Sandoa, Karl enseignait l’anglais, le français et les sciences. Et ce fut le coup de foudre pour cette élève de rhéto. "Kanon était ravissante. Elle adorait le théâtre. J’étais à peine plus âgé." Leur relation dura six mois. Quand Kanon ne put plus cacher qu’elle attendait un enfant, ce fut le scandale chez les pères missionnaires.

Karl Coorftebeeck fut muté à Lubumbashi. "J’avais 21 ans. On ne réagit pas, à cet âge-là. Les pères espéraient même qu’on me renverrait en Belgique et qu’on ne me donnerait jamais un boulot".

Quelques mois plus tard, Kanon arrivait à Lubumbashi avec un petit garçon de 3 mois dans les bras. "Kanon provenait d’une famille très traditionaliste. Cela signifiait que l’enfant ne serait jamais accepté dans sa famille tant que son père ne l’aurait pas vu. On a vite pris une photo de nous deux et Kanon est rentrée avec le petit. C’est la seule fois que j’ai vu notre fils Uzani".

À l’époque, la famille Mukamb ne voyait pas non plus tout ça d’un bon œil. "Kanon était la plus brillante des enfants. Ses parents comptaient sur elle. La fin des études, à cause du bébé, les mettait dans les difficultés. Je n’ai eu aucun contact avec Uzani jusqu’à ses vingt ans".

Et puis un beau jour, dans les années 1990, Karl Coorebeeck a trouvé cette lettre dans sa boîte. "C’était Uzani. Mon fils voulait savoir si j’étais disposé à l’aider. Il voulait entreprendre des études de médecine. Je n’ai pas hési té".

Cela ne s’est pas arrêté à cet échange de lettre. En fait Karl et Uzani n’ont jamais cessé de correspondre. Ça a créé des liens. Et le moment des retrouvailles est enfin arrivé. "Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Ce n’était pas si simple. J’avais des craintes aussi. La vie a continué. J’ai une famille en Belgique. Ils me comprennent mais ce n’est pas évident. Il y a toujours des gens qui ont des préjugés et cela fait de la peine. "

Karl ajoute que tout n’a pas été négatif. "L’épouse de mon fils au Congo a téléphoné dans ma famille en Belgique pour me demander ce que j’aime manger. J’ai trouvé ça adorable".

Uzani a donc aujourd’hui 43 ans et trois enfants, deux filles et un petit garçon. "Je leur ai promis que là-bas je leur apprendrai à nager, parce qu’ils ne savent pas encore. En leur apprenant, je me dis qu’ils penseront à moi-même quand je ne serai plus à côté d’eux. Ils penseront à leur grand-père chaque fois qu’ils sauteront dans l’eau".

Nous voudrions ajout er que le reportage a d’abord été réalisé par notre consoeur Delphine Peeters. Toute la semaine, nous avons cherché à contacter Karl qui, sans doute privé de réseau, n’a pas pu nous donner de ses nouvelles. Il devrait en principe se trouver avec son fils aujourd’hui .