Faits divers

Le bijoutier de la Galerie Espace Louise avait engagé de faux gangsters pour voler 450.000 € de montres de luxe

BRUXELLES Le 15 mai 2007, des bandits ont braqué Time Bruxelles, la boutique de montres de grand luxe dans la Galerie Espace Louise à Ixelles. Le jour même, son cogérant, Franck Tardivat, s’empressait de déclarer à la police pour 450.000 € de préjudice. À l’assureur, Tardivat réduisait le montant à 377.500 euros.

C’était un faux hold-up. Du chiqué. Tout était cousu de fil blanc. Tardivat ligoté ? Il l’avait demandé aux faux gangsters. Un hold-up brutal ? Les vidéos ont montré que, pendant le hold-up, les bandits lisaient le journal.

La plaisanterie a un prix. Six ans après, le tribunal de Bruxelles a condamné Tardivat, 47 ans, de Waterloo, à 18 mois de prison. Avec des mots sévères : pour la 47e chambre correctionnelle, cet homme a en effet “montré un mépris intolérable pour les biens d’autrui”.

Mais après six ans, le tribunal retient l’ancienneté des faits pour lui accorder le sursis sur l’entièreté de la peine. Et Tardivat a bien de la chance. L’intermédiaire auquel il s’était adressé pour dénicher les faux gangsters a en effet été condamné à 15 mois mais ce sera de prison ferme. Cet intermédiaire était agent de sécurité à Marseille, un certain Patrick Coret, âgé de 59 ans.

Les faux bandits ont eu droit à la clémence; aucune peine n’a été prononcée. Clémence justifiée par l’ancienneté des faits, l’absence d’antécédents et le fait que ces gens ont tourné la page, fondé une famille et trouvé du boulot.

Bref, côté prison, organiser un faux hold-up coûte moins cher qu’organiser un vrai. Pour un vrai, c’eût été au minimum deux ans. Tardivat n’en a pas moins décidé d’interjeter appel.

Mais la facture est lourde. Franck Tardivat devra payer 8.867,23 euros d’amende et frais divers et, sur le plan civil, indemniser ses victimes à hauteur de 65.775 euros.

Pour le tribunal correctionnel, Tardivat, non content de “montrer un mépris intolérable pour les biens d’autrui, a mis gravement en péril la confiance des consommateurs dans les commerces du même type”.

Pour le tribunal toujours, les “faits de vol avec violence, même s’ils étaient simulés, ne font que renforcer le sentiment d’insécurité de la population […].

Enfin : “Le recours à ce type de stratagème à des fins frauduleuses doit être sévèrement sanctionné.”

Tardivat était cogérant de la boutique de la galerie Louise. Cogérant, il avait donc un associé. Le commerce ne s’est pas remis du faux hold-up.

Créée en 2006, la SPRL Time Bruxelles a déposé son bilan. Et l’associé estime son préjudice à 200.000 euros. Tout cela se discutera mais, en prévision de ce que décidera la justice, la maison de Tardivat fait déjà l’objet à Waterloo d’une saisie conservatoire : un faux hold-up, ça coûte un pont !

Enfin, des montres volées le 15 mai 2007 n’ont jamais été récupérées. On a cru avoir une piste en Suisse.

Huit mois après le faux hold-up de Bruxelles, des montres de valeur ont été vendues dans une bijouterie à Villars-sur-Ollon, la station de ski dans le Vaud.

Et deux mois plus tard, cette boutique était victime d’un cambriolage.

La plainte déposée à la gendarmerie de Chesières mentionne que “l’essentiel des effets volés était les montres déposées par M. Tardivat”.



© La Dernière Heure 2013