Faits divers

La communauté musulmane de Vilvorde, Molenbeek et Laeken commence à paniquer face à la vague de départs en Syrie. Une cinquantaine depuis le début de l’année !

BRUXELLES Musulman particulièrement actif dans la communauté musulmane de Bruxelles, Abdel (prénom d’emprunt) témoigne de l’activité spécialement intense de cette cellule de recrutement djihadiste. Ses révélations sont édifiantes…

Confirmez-vous la présence de mineurs belges combattant en Syrie ?

“Oui. C’est exact. Deux, peut-être trois. Mais on ne sait pas où ils sont. Depuis le début de l’année, une bonne cinquantaine de jeunes, dont les deux mineurs dont je vous parle, sont partis combattre en Syrie, au départ de Bruxelles et environs.”

Existe-t-il donc une filière de recrutement à Bruxelles ?

“Oui. Nous savons qu’une cellule de recrutement est très active sur Vilvorde, Molenbeek et, dans une moindre mesure, Laeken. Nous savons aussi qu’un Marocain se charge du recrutement mais que la tête pensante est un Saoudien. Il serait venu en Belgique mais résiderait en Allemagne ou dans les pays de l’Est. Les recrues belges passent d’ailleurs par l’Allemagne, arrivent en Turquie puis filent en Syrie.”

Comment fonctionne cette filière ?

“On ne sait pas encore. Nous avons du mal à faire parler les gosses, leurs copains. Et les parents sont traumatisés. Mais la semaine passée, nous avons réussi à intercepter un gamin de 15 ans la veille de son départ en Syrie. Il avait laissé un mot sur sa table de nuit pour informer ses parents. Heureusement, il avait prévenu sa sœur. Les parents sont alors intervenus avec le professeur de religion. Et le gamin n’est pas parti. Ce gamin habite Vilvorde et fréquente une école bruxelloise francophone. Voici trois semaines, nous sommes également intervenus avec des professeurs de religion pour contrer le départ de deux jeunes de 18 ans. Et ce n’était pas des gosses perdus. Ils sont intelligents, parfaitement intégrés... Quelques jours plus tôt, une dizaine de jeunes – tout juste majeurs – ont réussi à filer en Syrie. Récemment encore, un homme tout juste marié, jeune père de famille et salarié dans une entreprise est lui aussi parti se battre. On ne comprend pas ce qui les pousse à partir… C’est incompréhensible. On ne sait pas ce qu’ils leur racontent !”

Comment réagissent les parents ?

“Ils sont paniqués. Certains ont voulu porter plainte, mais la police leur a expliqué qu’elle ne pouvait rien car il s’agissait de majeurs. D’autres ont des nouvelles de leurs fils, de façon épisodique. Par téléphone, on leur raconte que tout se passe bien, qu’ils sont bien nourris, bien traités, qu’ils sont dans la région d’Alep mais ne montent pas au front. Qu’ils ne combattent pas.”

Le seul recours pour éviter ces départs au combat semble venir des professeurs de religion…

“Oui. Contrairement à ce qu’a dit M. Reynders, ces recrutements ne se font pas dans les mosquées ni ne viennent des professeurs de religion. Ils sont sous le choc. Et ce sont les premiers à combattre ce phénomène. Les professeurs de religion s’inquiètent par ailleurs énormément du sort de ces jeunes lorsqu’ils reviendront en Belgique. Si toutefois ils reviennent. Que vont-ils devenir ? Il faut absolument sauver ces gosses. Il faut aider les parents !”



© La Dernière Heure 2013