Faits divers

Le grand dossier du remplacement des F-16 n’est décidément pas un long fleuve tranquille pour le gouvernement et surtout pour le ministre de la Défense, Steven Vandeput.

Alors qu’une étude américaine validait la possibilité de prolonger la durée de vie des F-16 belges actuels, le ministre se disait avant-hier ne pas être au courant d’un tel rapport. Pourtant, le colonel Harold Van Pee, qui dirige la procédure de remplacement des F-16, était au courant de l’existence et du contenu des études réalisées par Lockheed Martin validant la possibilité de prolonger les actuels F-16. “Mais ces études n’apportent rien de neuf. C’est surfait”, indiquait-il hier.

De son côté, le ministre de la Défense s’est défendu d’avoir eu connaissance d’un tel document et dénonce une “erreur majeure d’appréciation” de la part des gestionnaires de la flotte.

Une enquête est en cours afin de déterminer les responsabilités autant que les causes de ce manquement. La commission de la Défense de la Chambre a décidé hier de procéder aux auditions relatives au dossier du remplacement des F-16 le 18 avril au plus tard. Les députés de la majorité attendront les conclusions de l’audit qui doit déterminer comment et pourquoi les études réalisées par Lockheed Martin n’ont pas été transmises au ministre. Quoi qu’il en soit, cette affaire place le ministre de la Défense dans une situation très gênante. “Il ne s’agit nullement de remettre en cause l’honnêteté du ministre N-VA. Peut-être n’y a-t-il, sur ce point, aucune dissimulation de sa part vis-à-vis de sa connaissance à propos du rapport mais s’il a menti, c’est plus grave et le gouvernement devra prendre ses responsabilités”, indique André Flahaut, ministre du Budget et de la Fonction Publique de la Fédération Wallonie Bruxelles.

Ancien ministre de la Défense, André Flahaut a fait face à un rapport important dont on ne lui avait pas fait part au sein de la Défense. Il avait alors présenté ses excuses devant le Parlement et face à l’armée. Pour lui, dans ce dossier, c’est au gouvernement de prendre les choses en main. “Après, ce n’est pas comme si on parlait d’un rapport qui concerne le remplacement de deux Jeep, ici on parle d’une étude impliquant le prolongement de vie de nos avions de chasse et donc d’une potentielle économie de 15 milliards d’euros. Alors, c’est quand même curieux que le ministre de la Défense ne soit pas au courant”.

Depuis le lancement de l’appel d’offres il y a un an, André Flahaut s’est toujours montré sceptique à l’idée de remplacer les F-16. Selon lui, nos avions de combat actuels sont toujours compétitifs et il existe d’autres solutions, moins onéreuses car le fait de dépenser 15 milliards risquerait d’hypothéquer durablement le financement de la Défense.

Pour le syndicat militaire CGPM, “ce budget aurait pu servir à améliorer l’état des infrastructures ou à fixer des allocations et des indemnités à un niveau comparable à celui, par exemple, de collègues de la Police et des Affaires étrangères qui fournissent des prestations similaires” regrette Yves Huwart, secrétaire général.


"Prolonger la vie des F-16 n’a pas de sens"

Pour Luc Gennart, ancien pilote de l’armée, il est grand temps de remplacer nos avions de combat actuels

Si l’achat de nouveaux avions de chasse représente un coût important pour le gouvernement, il est estimé à un peu plus de 16 milliards d’euros, l’entretien et le maintien de nos F-16 actuels engendrent aussi des frais non négligeables. " Pour leur permettre de continuer à voler, il faudrait dépenser plusieurs milliards d’euros, c’est une dépense absurde ! L’acquisition de nouveaux avions de chasse représente un investissement de 15 milliards d’euros, étalé sur 40 voire 50 ans, mais on ne se rend pas compte qu’en une heure de vol ils permettent de frapper ou de surveiller avec efficacité un pays ennemi dans l’intérêt de la nation ", explique Luc Gennart, échevin du Développement économique et des Voiries (MR) à la ville de Namur et ancien pilote de l’armée.

On peut donc se demander si nos F-16 actuels sont suffisamment en bon état pour assurer la sécurité du pays à l’échelle nationale et internationale.

Pour Luc Gennart, ils le sont mais on ne sait pas dans quel état ils seront dans dix ans. " On pourrait prendre l’exemple d’un vieux téléphone Nokia. On peut toujours s’en servir aujourd’hui et l’améliorer, en changeant la batterie par exemple, mais il sera toujours moins performant. Eh bien, avec nos avions F-16, c’est la même chose. Prolonger leur durée de vie n’a pas de sens car on va continuer à payer pour entretenir des appareils moins performants, surtout qu’ils seront figés dans leur structure dès cette année ."

À titre de comparaison , nos voisins hollandais se sont lancés dans un processus d’acquisition de nouveaux F-35 pour lesquels ils ont déjà quatre prototypes. " Vis-à-vis de la coalition, on ne pourrait plus s’engager dans les conflits en toute sécurité, le F-16 apparaît comme démodé, il faut donc passer à un armement de pointe."