Faits divers Guy, 35 ans et Témoin de Jéhovah, est mort à l'hôpital. Ses parents veulent comprendre ce qui s'est vraiment passé

BRUXELLES Guillaume et Thérèse sont séparés depuis plus de 20 ans. Cela ne les empêche pas aujourd'hui de se battre ensemble pour obtenir la vérité sur la mort de leur fils. Guy avait 35 ans quand son coeur a cessé de battre à l'hôpital le 22 janvier 2001.

«J'ai reçu un coup de fil pour m'annoncer la mort de mon fils. C'était un Témoin de Jéhovah», explique Guillaume qui tombait des nues. «On ne nous a jamais avertis que notre fils avait été hospitalisé», renchérit Thérèse qui indique que son fils était handicapé à 80%. «Physiquement, ça allait encore mais, mentalement, il avait l'âge mental d'un adolescent de 14-15 ans», expliquent les parents.

Guy avait été hospitalisé pour des ulcères à l'estomac. Des ulcères qui ont tourné à l'hémorragie digestive. Dès son entrée à l'hôpital, il a manifesté son désir de ne pas recevoir de transfusion sanguine. Témoin de Jéhovah depuis une dizaine d'années, il appliquait ses convictions à la lettre. Les médecins ont acté son désir et Guy aurait même signé une décharge. «Mais ça, on ne l'a jamais vue», raconte Thérèse. Vu la gravité de son état, les médecins ont dû opérer pour découvrir l'origine des hémorragies et tenter de les stopper mais sans succès. Guy est tombé dans le coma et n'en est jamais sorti.

Très rapidement, Guillaume porte plainte pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Il estime que les médecins ont commis une erreur on ne prévenant pas la famille de Guy. «Si on avait été prévenus, on aurait pu expliquer qu'il n'était pas apte à prendre une telle décision», indique Thérèse. Auquel cas, Guy aurait pu recevoir la transfusion qui lui aurait sauvé la vie.

Car le médecin légiste Bonbled est formel dans son rapport d'expertise: «Le choix thérapeutique adéquat aurait compris une mesure de transfusion de sang, d'une part, et le tarissement de la source de saignement, d'autre part. Seul le deuxième volet du traitement a pu être mis en oeuvre. Il ne fait aucun doute que la position du patient préjudiciait sérieusement les chances d'une issue favorable à l'évolution de son état de santé». En clair, le médecin est formel: refuser la transfusion était suicidaire.

«Pour moi, c'est clairement un suicide. Si j'ai déposé plainte, c'est parce que les médecins n'ont pas fait leur boulot et que des étrangers ont pu assister à la mort de notre fils», indique Guillaume dont l'indignation et la colère sont aisément compréhensibles.

Le dossier judiciaire a suivi son cours. Deux médecins ont même été inculpés ainsi que deux membres du personnel infirmier. Mais fin du mois de janvier, la chambre du conseil a décidé qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre. Guillaume et Thérèse ont fait appel et ont déposé une autre plainte mais contre les Témoins de Jéhovah cette fois.

«Il faut que les gens sachent. On ne veut pas un franc. Ce qu'on veut, c'est que d'autres parents ne vivent pas la même chose que nous», concluent Thérèse et Guillaume.

© La Dernière Heure 2005