Faits divers Le sort d’Amaya Eva Coppens, qui a la nationalité belge, inquiète ses proches.

Ce lundi 10 septembre, la famille Coppens a appris l’incarcération de leur proche Amaya Eva, accusée de terrorisme au Nicaragua.

La jeune femme de 23 ans, qui a la double nationalité belge et nicaraguayenne, est étudiante en médecine et activiste au sein du mouvement Movimiento Estudiantil 19 de Abril de León. Elle est retenue au centre de détention préventive nommé El Chipote, à Managua. Cette information suscite la crainte au sein de la famille

"C’est un centre connu pour être très glauque ", précise sa tante, Sophie Coppens. " Ceux qui en sont sortis n’étaient pas en bon état, le centre est réputé pour ses méthodes musclées. Et certains ne sont pas sortis. Il y a des échanges à propos de tortures. Nous avons très peur pour Amaya. "

Une angoisse que partage Frédéric Coppens, le père de la jeune étudiante, plus catégorique : " Il existe des cas avérés de torture dans cet endroit."

Il soulève une autre problématique : " Au Nicaragua, la règle de droit international qui réclame que l’on passe devant un juge dans les 48 heures après l’arrestation n’est pas respectée. Honnêtement, certains détenus sont séquestrés. Les arrestations se font sans mandat d’arrêt, parfois par des groupes paramilitaires. Le point positif, c’est qu’on a eu la confirmation qu’elle est là, même si mon épouse, encore sur place, n’a pas pu la voir. Au moins, elle n’a pas disparu ! "

La mère d’Amaya a tenté de lui transmettre de la nourriture. Dans les prisons du régime, l’apport journalier des besoins nutritifs ne serait pas effectué par les employés, mais par les connaissances extérieures de l’inculpée.

Sophie reprend : " Notre seul but est qu’ils ne la touchent pas. La libérer s’avère plus compliqué. Elle risque jusqu’à vingt ans de prison. Elle a été accusée de terrorisme pour avoir participé à une manifestation étudiante pacifiste. Et accusée de financer le terrorisme car elle donnait à boire aux activistes qui s’accrochaient aux barrières pour protester. Ces accusations sont juste un motif pour la maintenir en prison, car elles sont graves. Mais, concrètement, par rapport à ses actes, ça ne veut rien dire. "

Le père, habitant au Nicaragua, n’est pas surpris par le caractère "dictatorial du régime de Daniel Ortega ". " C’est une crise profonde qui couve depuis 2007 et croît dans un climat de plus en plus autoritaire, hégémonique et centralisé ."

Actuellement, la famille place ses espoirs dans les actions de la diplomatie belge, jugée "très réactive" par les Coppens. Ils expliquent que le gouvernement du Nicaragua a commis une "bavure" il y a environ un mois, en causant la mort d’une étudiante brésilienne.

L’événement a considérablement détériorié les relations entre le Brésil et le régime d’Ortega.

Ils aspirent donc à ce que les autorités du Nicaragua évitent "les sévices et exactions" éventuels auprès d’Amaya, de peur de porter préjudice aux relations entre la Belgique et le Nicaragua.

La diplomatie belge est "sur le coup"

Au nom du service belge des Affaires étrangères, Arnaud Gaspard affirme être "au courant" de l’affaire d’Amaya. L’ambassade belge basée au Panama, et compétente pour le Nicaragua, éta blit toutes les démarches nécessaires.

"Les canaux diplomatiques fonctionnent, nous travaillons sur le dossier et aidons en fonction des circonstances locales." Le service avoue ne pas connaître les circonstances de détention de la ressortissante belgo-nicaraguayenne et ne pas pouvoir poser de questions précises par rapport à son état, par rapport aux apports journaliers de nourriture par exemple.

"Nous n’avons pas d’accès direct à la ressortissante. Nous ne faisons pas de différence avec d’autres Belges en situation problématique ailleurs. Nous utilisons les processus traditionnels et les moyens de communication officiels. Cette situation n’est pas inhabituelle et nos interventions sont très codifiées."

Du côté de la famille de la jeune fille détenue, la réactivité des diplomates belges rassure. Ils espèrent que le gouvernement d’Ortega évitera d’éventuels sévices, de peur de rompre les relations diplomatiques avec la Belgique.