Faits divers Alain Wilbert est mort après avoir été agressé par un fou chez lui

BRUXELLES Depuis plusieurs années, ce Bruxellois habitant rue Van Artevelde 153 ne se déplaçait plus qu'en chaise roulante. Les suites d'un accident cérébral. Le malheureux s'est encore battu trois semaines. Mais hier matin, la police Bruxelles-Capitale-Ixelles était informée du décès d'Alain Wilbert.

Dès son admission le 30 avril dernier, les médecins avaient qualifié son état de désespéré. La violence extrême des coups avait partiellement scalpé le crâne. Des coups portés sur la main avaient écrasé quatre doigts. Deux, littéralement, avaient été sectionnés. Tranchés net.

Les premiers policiers sur place avaient retrouvé les phalanges près du corps. Alain Wilbert gisait sur le ventre. Quand un voisin enfin alerté par les cris était entré dans l'appartement, l'homme qui l'agressait continuait de sauter à pieds joints sur la tête du handicapé, de la piétiner.

Il s'était introduit par la façade en escaladant quatre étages d'échafaudages. Hakim s'était servi d'un vieux fer à repasser en fonte. A terre, Alain Wilbert avait perdu connaissance.

L'agresseur pourtant ne cessait de répéter: «Tais-toi, tais-toi, tais-toi...» On sait depuis hier qu'Alain hélas! ne parlera plus. Dans son quartier près de la Porte d'Anderlecht, l'annonce de son décès provoquait déjà hier après-midi un sentiment profond de compassion, de tristesse et de révolte. Beaucoup le connaissaient. Tous appréciaient son courage devant la maladie. Et tous s'étonnent d'apprendre que le fait pour l'agresseur d'être connu de la justice n'a rien changé à l'affaireet n'a pas empêché Hakim d'être en liberté, libre. Libre de tuer sur un coup de folie. Il n'existait aucun lien entre l'agresseur et sa victime. Les deux hommes ne se connaissaient pas. Hakim, qui a 23 ans, a escaladé en plein jour des échafaudages choisis parce que protégés de la vue par une bâche verte. Il a repéré cet homme dans sa chaise roulante, au quatrième. Il ne l'a pas agressé tout de suite. Impensable, devait-il expliquer aux policiers, sans s'être d'abord purifié. Hakim s'est dévêtu, ne conservant que son slip. Puis il a ouvert le Coran et entamé des incantations «au nom de Dieu» ressemblant à la prière des Morts. Rue Van Artevelde, bien des gens l'ont vu et lui ont fait remarquer que ce n'était pas l'heure. Hakim n'en a pas moins poursuivi avant de se décider: il a cassé à poings nus le double vitrage du logement social d'Alain Wilbert sur lequel il allait s'acharner avec le fer à repasser et frapper, frapper, frapper, tuer... Alain Wilbert avait 52 ans.

© La Dernière Heure 2003