Faits divers

Sur le kilomètre et demi qui séparait le centre d'accueil de la Porte d'Ulysse du cimetière multiconfessionnel de Schaerbeek à Evere, le calme contrastait mercredi après-midi avec le tumulte habituel de l'avenue Jules Bordet. Une vague blanche d'environ 1.500 personnes, selon les organisateurs, a démarré de Haren vers 13h15 pour soutenir les parents de Mawda et accompagner jusqu'à sa dernière demeure la fillette kurde mortellement atteinte par un policier dans la nuit du 16 au 17 mai. Certaines personnes étaient munies de fleurs blanches. "Pour l'espoir", affirme une participante. La plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés et Médecins du Monde, co-organisateurs de l'événement, avaient appelé à une marche sereine, "loin des discours et autres manifestations politiques". Le monde politique semble avoir suivi le mot d'ordre et s'être tenu à l'écart.

"Nous sommes ici par solidarité envers les parents, mais aussi pour montrer notre mécontentement face à cette injustice", s'insurge cependant une mère accompagnée de ses trois enfants. "Les demandeurs d'asile fuient la guerre et la misère et la Belgique dispose des moyens nécessaires pour les accueillir." Une colère sourde évoquée au gré des conversations, bien que l'ambiance était plus au recueillement qu'aux revendications.

Dans le cimetière multiconfessionnel d'Evere, les proches de l'enfant ont entonné une prière en arabe, tandis que le petit cercueil blanc patientait sous le kiosque. La foule, très diverse et émue, s'est fondue autour des proches dans le silence.

Plusieurs membres de la société civile ont pris la parole après la mise en terre de l'enfant. Le délégué général aux droits de l'enfant Bernard De Vos a notamment insisté sur l'urgence à protéger les droits des plus vulnérables, "même s'il est trop tard pour Mawda".

Des vœux auxquels s'est jointe la nouvelle présidente de la Ligue des droits humains Olivia Venet. "Se taire n'est pas tolérable, nous devons dire haut et fort que les droits humains ont été honteusement bafoués", a-t-elle déclaré. "Plus jamais ça, pour que l'humanité regagne le terrain qu'elle a perdu avec toi, Mawda."

Carine Russo a également adressé des paroles de réconfort aux proches de Mawda. "Les parents nécessitent tout notre soutien car ils sont loin des leurs face à l'irrémédiable perte de leur petite fille", s'est-elle exprimée, visiblement affectée. La mère de Melissa a par ailleurs rendu hommage aux victimes de la tuerie de Liège et à leurs parents. "Nous gardons l'espoir d'un monde meilleur", a-t-elle conclu.

Jean Paul et Muriel, un couple montois, parlent d'"une mobilisation extrêmement importante".Il est vital pour eux de soutenir cette famille. "Le décès de cette petite fille symbolise l'inhumanité des politiques migratoires", appuie le sexagénaire.

"Ce ne sont pas des criminels, ils ont fui des régimes. Ce sont surtout des victimes et non des criminels", partage une autre participante, interviewée par nos confrères de la RTBF.


La cérémonie s'est achevée vers 15h00 autour de la parcelle dédiée à la fillette de deux ans. En file, les parents ont pris le temps de serrer la main des citoyens venus les réconforter.

© Belga
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La fillette de deux ans avait été touchée à la tête dans la nuit du 16 au 17 mai par une balle de la police tirée vers la camionnette dans laquelle se trouvaient ses parents kurdes irakiens et d'autres migrants. Le véhicule tentait de fuir les forces de l'ordre, dans des circonstances encore à préciser par l'enquête.