Faits divers

La petite ville de Huy est sous le choc depuis le week-end dernier. Vendredi soir, le corps sans vie de Valentin Vermeesch, 18 ans, était repêché dans la Meuse à hauteur du port de Statte. Nos confrères de La Libre Belgique ont recueilli de nouvelles informations.

Le jeune homme qui souffrait d’un léger retard mental avait disparu du domicile familial de Wanze le 25 mars dernier. Les policiers ont très vite compris qu’il ne s’agissait pas d’un accident. Le jeune homme avait les poignets attachés dans le dos. Le corps, qui avait séjourné plusieurs jours dans l’eau, portait des marques de brûlures, de coups, de sévices plus horribles encore. L’autopsie du corps a démontré que le malheureux était toujours vivant quand il a été jeté dans la Meuse. Valentin, qui avait peur de l’eau, ne savait pas nager.

Dimanche, cinq suspects, tous originaires de la région hutoise, étaient interpellés. Des jeunes âgés de 16 à 25 ans : un mineur, qui a été déféré devant un juge de la jeunesse, et quatre majeurs qui ont été placés sous mandat d’arrêt et incarcérés. Des “potes” avec lesquels Valentin avait l’habitude de traîner dans le quartier mal fréquenté du Batta, sur la rive gauche de la Meuse.

Alexandre H. semble être l’instigateur des faits, qui se sont principalement déroulés dans l’appartement de Belinda D., son ex-petite copine, situé dans le quartier du Batta. Valentin, immature, serviable et toujours en recherche d’affection, se serait laissé entraîner à boire des bières, à fumer, à partager des joints. C’était un guet-apens. Ses potes devenus bourreaux l’ont torturé. En plus d’Alexandre et de Belinda, il y avait deux autres jeunes, Dorian D. et Loïck M., ainsi qu’un ado de 16 ans, K.

Samedi, pris de remords, Dorian s’est rendu à la police et a dénoncé ses comparses. L’enquête s’est alors accélérée.

Un des 7 copains Facebook de Valentin

Alexandre était un des 7 copains que Valentin avait sur sa page Facebook. Le tortionnaire avait relayé l’avis de disparition de sa victime, lancé par la police le lundi 27 mars dernier  – soit le lendemain du jour où le malheureux a probablement été tué. Mardi, alors que le nom d’Alexandre commençait à circuler à Huy, des commentaires déchaînés ont été placés sur sa page Facebook. “Mais t’es vraiment une ordure, toi, qui publies la recherche d’un mec qu’il a buté”. Ou: “Tu butes mon pote puis tu partages ça!!!” Ou encore : “Vous disiez que c’était votre pote et maintenant vous l’avez tué!!!” Entre autres menaces explicites, expressions de dégoût, de colère et appels à la vengeance. Depuis mardi soir, le profil d’Alexandre H. a disparu du réseau social.

“Personne, ici, ne comprend”

Gary (prénom d’emprunt) est effondré. Il connaît bien Alexandre, considéré comme le chef de la misérable bande. “Il était déjà avec moi en primaire. Il a toujours eu un petit grain.” Le témoin évoque un incident remontant à quelques années : Alexandre aurait asséné un coup de tronçonneuse à son petit frère Ludovic. “Les parents ont toujours dit que c’était un accident mais lui s’en vantait à l’école”.

Gary connaît aussi le mineur impliqué dans les horribles faits. “K. est un copain de mon petit frère: il lui a tout raconté. C’est lui qui a filmé les coups et tout le reste, avec une tablette. Il s’est vanté d’avoir poussé lui-même le pauvre Valentin à l’eau”. Il poursuit : “Quand mon frère m’a dit ça, je lui ai dit qu’il ne pouvait pas garder ça, qu’il devait aller à la police.” La voix du jeune homme s’étrangle : “C’était trop grave. Ils l’ont frappé avec des bouteilles de bière, il lui ont cassé les bras, les orteils. C’est horrible ! C’est un truc de perturbés ! Je ne comprends pas ce qui leur est passé par la tête. Personne, ici, ne comprend”.

Une scène d’horreur filmée

Les langues se délient dans l’entourage d’Alexandre et de ses comparses. Plusieurs autres jeunes gens, qui connaissent l’intéressé depuis l’école primaire témoignent que “déjà gosse, Alexandre n’était pas tout juste”.

Kenny (prénom d’emprunt), voisin de l’appartement maudit, nous a affirmé qu’Alexandre lui avait tout raconté deux jours après les faits “qui se seraient passés un dimanche” – sans doute le 26 mars. “Il se vantait, mais moi j’y croyais pas, jusqu’à la perquisition dans l’appartement de Belinda”. Selon les dires d’Alexandre, “ils auraient fait ça pour s’amuser”, poursuit Kenny. Le suspect a aussi confirmé que la scène d’horreur avait été filmée par le plus jeune de la bande.

A Huy, Valentin ne passait pas inaperçu. “On le voyait tout le temps en ville avec son vélo. Bon, il allait souvent dans le quartier glauque et traînait avec des gens peu fréquentables, mais lui était vraiment un gentil”, ajoute Gary. “Il était un peu simplet mais pas méchant. Il disait bonjour à tout le monde, aux vieux. Je ne comprends pas”.

Pas de commentaire au parquet de Huy

Dès le lendemain de la disparition, Madeleine D., sa maman, avait compris qu’il s’était passé quelque chose d’anormal. Valentin avait l’habitude d’envoyer des SMS quand il sortait avec ses amis. Cette fois, rien, pas un message. “Elle avait senti qu’il y avait quelque chose de louche”, commente Kenny.

Il y a quelques mois, Valentin s’était déjà fait attacher par des colsons aux poignets par un “copain”–  c’était déjà Alexandre – qui lui avait tiré dessus avec un fusil à billes. Madeleine avait déposé plainte.

Il reste de nombreuses zones d’ombre à éclaircir. Comment et quand précisément le malheureux Valentin a-t-il été conduit de l’appartement vers les bords de Meuse ? Quelles sont les responsabilités précises de chaque protagoniste ?

Mercredi, au parquet de Liège, division de Huy, on se refusait à tout commentaire, à la demande de la juge d’instruction en charge du dossier. Dans l’intérêt de l’enquête.