Faits divers L’artiste Sébastian Eeckhaut, dit Blancbec : "Les tueries du Brabant ? J’avais 6 ans..."

Un indice met sur la voie de l’artiste qui a peint cette Golf rouge en 2007 à Ixelles près de Flagey : à repérer entre les deux têtes de mort, le dessin stylisé d’un oiseau.

Dans le milieu du Street Art, cet oiseau est une signature connue, celle de Sébastian Eeckhaut qui a d’ailleurs donné un nom à l’oiseau : Blancbec. Sébastian est donc lui-même connu sous le nom de Blancbec. "En effet, cette Golf, c’est moi qui l’ai peinte."

Au fil de l’entretien, Sébastian Eeckhaut se dit effaré de constater les coïncidences qui semblent renvoyer le graffiti aux tueries du Brabant. Il comprend que d’aucuns s’interrogent mais se montre d’emblée très clair : tout cela n’est que le fruit du hasard.

Artiste de rue depuis l’âge de 16 ans, Blancbec a réalisé des centaines de graffitis. Mais il n’a jamais dessiné de voiture en extérieur. Jamais... sauf une : celle-là, la Golf rouge.

Pourquoi dans cette rue Paul Spaak qui revêt une signification particulière ? La rue Spaak donne dans la rue Lesbroussart, la seule en région bruxelloise où les tueurs ont abandonné une voiture qui a servi. "Il n’y a pas de message caché. En fait, je l’ignorais. C’est un hasard. À l’époque j’habitais à Etterbeek près du Germoir. Je cherchais une surface plane : cette porte de garage sur une maison abandonnée convenait parfaitement. Il n’y a pas à chercher plus loin."

Pourquoi une Golf type 2, la Golf des tueurs? "Là aussi, pur hasard. Je suis né en 1976. C’est la Golf de mon enfance. Comme pour d’autres, la Coccinelle. N’allez pas chercher plus loin."

Et pourquoi l’avoir peinte en rouge ? Du même rouge que la VW Golf que les tueurs ont volée au restaurant des Trois Canards ? "Franchement, je ne sais pas, moi. Toujours le hasard ? Peut-être mon subconscient ? En 1982, j’avais 6 ans. Les tueries m’ont marqué, c’est évident. Comme l’affaire Dutroux a traumatisé les gosses des années 1990. Est-ce que cela vient de là ?"

Et pourquoi y avoir placé des squelettes ? "Je comprends que cette accumulation puisse sembler bizarre mais non, ne cherchez pas à rattacher ce graffiti aux tueries du Brabant. Et l’arrière-fond rougeoyant, même chose : c’est aussi le hasard."

Sébastian Eeckhaut se souvient d’avoir préparé le graffiti en atelier. Puis de l’avoir collé "un dimanche fin d’après-midi". "Seul , dit-il. J’étais seul." Non, il ne s’agit pas d’une commande. Et personne ne l’a inspiré. "L’inspiration vient de moi."

L’artiste précise que s’il a peint la Golf, le trou béant dans le capot ainsi que le dessin de cette femme qui crie son effroi ont été réalisés ultérierement. Il ignore par qui.

Sébastian Eeckhaut a fait partie d’un groupe nommé DB - c’est d’ailleurs le motif pour lequel le sigle VW est incliné dans la calandre de la Golf : en inclinant VW, on obtient... DB.

Le Belge de 41 ans est devenu un artiste connu et reconnu à l’étranger. Il expose à Paris.

Et décidément, la fameuse Golf rouge de Flagey ne le quitte pas : on la retrouve aussi dans une œuvre qu’il présente actuellement à la galerie Speerstra, à Bursins (Suisse). "Cette Golf, elle doit vraiment être très profond dans ma tête. Je ne me rendais pas compte à quel point. Je comprends ceux qui voudraient voir des liens mais désolé, il n’y a pas de message. C’est pas une piste. On pourrait penser que ça renvoie aux tueries du Brabant mais je réfute qu’il y ait le moindre lien."