Younès vu partout, sauf en Alaska

Christian Hubert Publié le - Mis à jour le

Faits divers

Avoir vu un petit garçon allochtone dans une auto suffisait pour appeler la police !

MONS Jusqu’où doit-on aller dans les témoignages ? Ils sont, certes, indispensables, parfois capitaux, mais le mieux est parfois l’ennemi du bien.

Parmi la foule de personnes convoquées, hier, devant la cour d’assises du Hainaut, on a surtout entendu des gens qui n’ont rien vu ou, en tout cas, pas grand-chose.

Entre le moment où Younès a disparu, et la découverte de son corps dans la Lys, les avis de recherche et les appels à témoins se sont multipliés. Du coup, nombre de personnes se sont manifestées parce qu’elles ont aperçu un petit garçon de à l’arrière d’une voiture, de couleur et, surtout, de marque indéterminées, dans tous les coins de Belgique et du monde, sauf en Alaska.

Même les chauffeurs de bus qui ont vu monter dans leur car un garçon de cet âge, accompagné d’adultes, étaient convoqués.

Les gosses n’avaient en rien l’attitude d’un enfant enlevé. On en a même vu un déambuler calmement dans les rues de Courtrai. Problème : il était vêtu d’un pantalon et de chaussures. Donc, en imaginant que ce fut lui, les ravisseurs lui auraient ensuite remis ses langes et enlevé ses souliers pour le plonger dans la Douve ! Tout cela fait perdre du temps, mais ce n’est pas trop grave.

En revanche, il y a des faits bien plus gênants, proches du dérapage. C’est le cas de cet homme, pratiquement accusé de rapt par la défense de Jratlou. Alors qu’il se demande bien ce qu’il vient faire dans cette galère. Un quidam a vu une voiture, avec un enfant assis à l’arrière. “Pour avoir la conscience tranquille, c’était mon devoir de le signaler à la police.” Il a donc relevé le numéro minéralogique de l’auto. Et les deux hommes se trouvent côte à côte sur le banc des témoins. Seulement voilà, le premier a vu une Peugeot 405 et le second avait une Renault Mégane, “Là, on est dans un film d’horreur”, soupire-t-il.

Franchement, ce n’est pas, semble-t-il, une infraction de véhiculer un enfant aux cheveux noirs. Ni de conduire une camionnette blanche. Ni de se stationner sur le bas-côté d’une route. Ni de demander son chemin. Ce qui est arrivé à la plupart des témoins.

Malgré cela, Xavier Magnée, qui ne recule devant rien pour démontrer l’innocence de son client, s’acharne sur l’individu à la Mégane.

Quand il lui demande s’il a un casier judiciaire, il se fait réprimander par le président. L’homme est dans ce prétoire en tant que témoin, pas comme accusé ! Il n’avait, jusqu’ici, entendu parler de Younès que par les médias. Il n’oubliera pourtant pas ce drame qui ne le concerne en rien et dont il fut un figurant involontaire pendant quelques minutes…



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