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Après avoir refusé dans un premier temps d'accueillir l'Aquarius dans ses ports, Malte a donné son feu vert mardi après-midi. Les 141 migrants à bord seront ensuite répartis entre la France, l'Allemagne, le Luxembourg, le Portugal et l'Espagne, ont annoncé plusieurs chefs d'Etat. Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a donné mardi son accord pour laisser accoster le navire humanitaire Aquarius et ses 141 migrants, après un accord pour les répartir dans cinq pays européens.

"Malte va donner à l'Aquarius la permission d'entrer dans ses ports, même s'il n'a pas l'obligation légale de le faire. Toutes les 141 personnes à bord seront réparties entre la France, l'Allemagne, le Luxembourg, le Portugal et l'Espagne", a écrit M. Muscat sur Twitter.

"Coopération européenne concrète actée sur l'Aquarius, sur initiative franco-maltaise. Je remercie Malte pour son geste humanitaire et l'assure de la totale solidarité de la France. Il n'y a pas d'alternative à la coopération", a indiqué le président français Emmanuel Macron, également sur Twitter.

"L'Espagne a coordonné un accord pionnier avec six pays pour se répartir l'accueil des personnes de l'Aquarius. (...) L'Espagne accueillera 60 personnes", a tweeté de son côté le chef de l'Etat espagnol, Pedro Sanchez.

Cette annonce est survenue alors que les deux ONG qui affrètent le bateau, SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), tenaient une conférence de presse à Paris.

Dès le sauvetage vendredi au large de la Libye des migrants qui se trouvaient dans deux barques, les ONG ont demandé au centre de coordination de Tripoli de désigner un port sûr où débarquer les rescapés. Mais "on nous a demandé de prendre langue avec d'autres centres de coordination", ce qui montre que Tripoli ne considère pas les côtes libyennes comme un port sûr, a souligné Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS Méditerranée.

La directrice générale de SOS Méditerranée France, Sophie Beau, a ensuite rappelé que l'organisation du débarquement est du ressort des seuls Etats, même si plusieurs ports se sont dits disposés à accueillir l'Aquarius. Outre une solution immédiate pour les passagers du navire, il faut un dispositif pérenne pour les sauvetages en mer. Cela fait deux mois que l'on sait que les ports italiens sont fermés, mais "l'Union européenne n'a pas encore été capable de mettre en place les mécanismes nécessaires pour assurer un modèle de sauvetage qui permette de débarquer les personnes dans des conditions satisfaisantes", a-t-elle regretté.

Elle a aussi déploré l'intention de Gibraltar de retirer son pavillon à l'Aquarius, s'interrogeant sur les motivations politiques de cette nouvelle que les associations ont apprise lundi "par voie de presse".

D'après les témoignages des rescapés, d'autres bateaux ont refusé de leur porter secours avant l'intervention de l'Aquarius, a par ailleurs relaté Hassiba Hadj Sahraoui, conseillère aux affaires humanitaires de MSF. "Si les faits étaient avérés, ce serait une violation du droit international - il existe une obligation de porter secours à toute personne en détresse -, mais c'est également le résultat direct des politiques de l'Union européenne et des Etats de la région que l'on subit depuis quelques mois", estime-t-elle.

Parmi les 141 migrants transportés par l'Aquarius, 73 sont mineurs, dont 67 non accompagnés. "On n'a pas d'urgence médicale sévère en ce moment mais un état de détresse assez marquant", a rapporté Hassiba Hadj Sahraoui. La majorité viennent d'Erythrée et de Somalie. Un tiers sont des femmes. Toutes ces personnes sont vulnérables, du fait de la situation dans leur pays mais aussi du traitement subi en Libye, a insisté la conseillère. "Certaines personnes ont pu nous dire qu'elles ont été détenues en captivité en Libye pendant plus de trois ans. C'est énorme!"

C'est la cinquième fois que des pays européens acceptent de se répartir des migrants sauvés en mer, après les 630 recueillis par l'Aquarius en juin et débarqués en Espagne, les 233 du Lifeline arrivé à Malte fin juin, les 450 débarqués mi-juillet en Italie depuis des navires militaires et les 87 secourus par l'Open Arms accueilli jeudi en Espagne.