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Alek Minassian, chauffeur du véhicule-bélier lundi à Toronto, a tué huit femmes et deux hommes dans sa course meurtrière sur les trottoirs du centre-ville de la métropole canadienne, venant renforcer l'hypothèse d'une attaque ciblée contre les personnes de sexe féminin à qui il vouerait une profonde aversion.

Au lendemain de la tuerie, la police avait convenu que le conducteur avait visé "majoritairement des femmes" et qu'il avait publié sur Facebook, quelques minutes avant de foncer dans la foule avec une camionnette de location, "un message énigmatique" à caractère misogyne en assurant que "la rébellion +Incel+ a déjà commencé!".

"Nous sommes au courant de ce message (...) et sa signification fait partie de notre enquête", a rappelé vendredi l'inspecteur Bryan Bott de la police de Toronto lors d'une conférence de presse.

Les termes employés dans ce message renvoient au lexique privilégié sur les sites internet de la sous-culture "incel", abréviation anglophone pour "involontairement célibataire".

"Incel" s'inscrit dans un mouvement "masculiniste" et sexiste plus large sur internet, appelé "manosphère", et plus actif depuis le regain de popularité du féminisme avec le mouvement #MeToo.

Alek Minassian avait aussi fait référence dans son message à Elliot Rodger, l'auteur de la tuerie d'Isla Vista, en 2014 en Californie. Cet homme avait fait six morts sur le campus d'une université de Santa Barbara, avant de se suicider. Il avait expliqué dans une vidéo diffusée avant son crime que cette attaque planifiée était un "châtiment" pour les femmes qui l'avaient rejeté.

Victimes identifiées 

"Nous pouvons vous dire que toutes les victimes ont été identifiées et leurs familles informées", a annoncé vendredi l'inspecteur M. Bott.

Les victimes de la camionnette sur la rue Yonge, une des artères les plus commerçantes du Canada ou dans les rues avoisinantes, sont âgées de 22 à 94 ans.

Outre les 10 morts, 16 autres personnes, âgées entre 23 et 90 ans, ont été blessées, selon un bilan révisé vendredi.

Alek Minassian, 25 ans, a été inculpé de 10 chefs d'accusation de meurtre avec préméditation et de 16 tentatives de meurtre pour autant de tués et blessés.

Les victimes étaient en très grande majorité des habituées ou des résidents du centre-ville comme les personnes les plus âgées, selon la police et les portraits publiés dans les journaux locaux.

A 94 ans, Mary Elizabeth Forsyth se déplaçait difficilement et souvent avec un déambulateur et n'a pas pu échapper au véhicule-bélier. Géraldine Brady et Dorothy Sewel, respectivement 83 et 80 ans, toutes deux habitantes de Toronto ont également été happées par la camionnette.

Beutis Renuka Amarasingha, 45 ans, élevait seule son petit garçon de 7 ans et était très active dans l'importante communauté sri-lankaise de l'Ontario.

Etudiante en biologie moléculaire à l'Université de Toronto, Chung So-he, 22 ans, aimait la mode et, pur hasard, avait fréquenté le même lycée qu'Anne-Marie D'Amico, 30 ans, percutée à quelques mètres de son bureau de la société financière Invesco Canada.

Andrea Bradden, 33 ans, et Kim Ji-hun, 22 ans, sont les autres victimes féminines.

Deux hommes ont succombé au chauffard dont le Sud-Coréen Kang Chul-min qui était à 45 ans une figure du quartier où il avait sa cuisine ambulante.

A 85 ans, le Jordanien Mounir Habib Najjar était arrivé il y a plusieurs jours avec son épouse au Canada pour voir leur fils, membre d'une chorale.

Pour la suite de l'enquête, la police exploite les vidéos des caméras de surveillance du centre de contrôle de la circulation et des commerces avoisinants, mais aussi des photos ou vidéos prises par les passants au moment du drame.

La police a aussi perquisitionné le domicile d'Alek Minassian et a emporté de nombreuses preuves, a ajouté l'enquêteur Bryan Bott.

Près de 170 témoins ont aussi été interrogés et 100 autres doivent l'être dans les prochains jours, selon M. Bott.