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Les deux hommes arrêtés mardi à Marseille (sud de la France) et soupçonnés de préparer un attentat "imminent" étaient en possession de trois kilos d'explosifs, d'armes à feu et d'un drapeau de l'organisation jihadiste Etat islamique, a déclaré le procureur de Paris.

Les deux suspects, de nationalité française, Clément B., 23 ans, et Mahiedine M., 29 ans, "deux individus aussi méfiants que déterminés", se préparaient à procéder à "une action violente, de manière imminente sur le territoire français, sans qu'on puisse déterminer avec précision le jour, la ou les cibles visé(es)", a ajouté le procureur François Molins au cours d'une conférence de presse.

Les responsables de la sécurité de plusieurs candidats à la présidentielle avaient cependant été prévenus la semaine dernière de la dangerosité des deux hommes, dont des photos avaient été distribuées.

Le premier tour de l'élection se déroule dimanche.

Les policiers ont saisi dans l'appartement occupé par les deux hommes à Marseille trois kilos de TATP, un explosif artisanal prisé des jihadistes, une grenade artisanale, plusieurs armes à feu dont un pistolet-mitrailleur, des sacs de munitions et un drapeau de l'Etat islamique, a notamment expliqué le procureur.

La France a été frappée depuis 2015 par une série d'attentats jihadistes qui ont au total fait 238 morts. Une vingtaine de tentatives d'attentats ont été déjouées depuis début 2016, selon le gouvernement.

Qui sont les suspects?

Clément Baur, 23 ans, et Mahiedine Merabet, 29 ans, ont tous les deux été incarcérés pour des faits de droit commun, selon des sources proches de l'enquête.

Le plus jeune, né dans le Val-d'Oise où il ne vivait plus, est un converti à l'islam tandis que le second, originaire de Croix, près de Roubaix, s'est radicalisé en détention, selon une de ces sources. Arrêté fin 2013 pour du trafic de stupéfiants, Mehiadine Merabet avait été condamné à trois ans de prison, selon La Voix du Nord.

Incarcéré à Sequedin, près de Lille, Mahiedine Merabet avait été transféré fin mai 2015 au centre pénitentiaire de Longuenesse (Pas-de-Calais), selon un représentant local de l'UFAP-UNSA Justice de la maison d'arrêt de Sequedin. "Chez nous, il n'avait pas été recensé, à ma connaissance, comme en cours de radicalisation", selon Benoît Normand.

Le 7 décembre, une perquisition administrative vise le domicile de Merabet à Roubaix mais l'homme est absent lors du passage des policiers qui voulaient également lui notifier une assignation à résidence, a indiqué une des sources proches de l'enquête.

Deux mois plus tôt, un renseignement indiquait que les deux hommes cherchaient à se procurer des armes, selon l'une de ces sources.

Arrêtés mardi à Marseille, ils avaient tous les deux des contacts dans le sud-est de la France, notamment Baur via des relations avec des Tchétchènes. A ce stade, on ne sait pas s'ils ont fait un éventuel séjour en zone irako-syrienne.

Comment se déroule l'enquête ?

Les deux hommes ont été arrêtés à Marseille par la DGSI, assistée par le Raid, dans le cadre d'une enquête en flagrance ouverte à Paris le 12 avril pour association de malfaiteurs terroriste criminelle et infraction à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste.

Les enquêteurs ont retrouvé lors d'une perquisition dans le IIIe arrondissement de Marseille des armes à feu et du TATP, un explosif très instable prisé des jihadistes et déjà utilisé lors des attentats du 13-Novembre à Paris et Saint-Denis.

Au départ, plusieurs indices ont alarmé les services antiterroristes. Selon une source proche de l'enquête, les services mettent la main sur une photo, attribuée à Merabet, mettant en scène avec le journal Le Monde daté du 16 mars, un pistolet-mitrailleur UZI et la "loi du talion" écrite en arabe avec des munitions. Les enquêteurs constatent aussi que Merabet cherchait à transmettre une vidéo de revendication.

Ce jour-là, Le Monde faisait sa Une avec une photo de François Fillon en titrant "une campagne à l'heure du soupçon", en référence aux ennuis judiciaires du candidat.

Voulaient-ils s'attaquer à la présidentielle ?

Selon une source proche de l'enquête, "ils cherchaient à impacter la période" de campagne électorale, "c'est certain", mais aucun projet précis ciblant un candidat n'a été identifié à ce stade. Les interrogatoires des deux suspects permettront peut-être d'en savoir plus sur leurs intentions.

Dès jeudi, les photos des deux hommes avaient été distribuées aux services de sécurité des candidats à l'élection présidentielle, ont déclaré à l'AFP Marine Le Pen et l'entourage d'Emmanuel Macron.

La fiche de recherche des suspects avait été envoyée à tous les services de police, et notamment au SPLD, le service de protection des personnalités.

Vendredi, les officiers de sécurité de François Fillon avaient été avertis de "risques avérés" sur le candidat de la droite à l'occasion de son meeting à Montpellier, selon des sources chez Les Républicains. La sécurité avait été renforcée, mais la menace sur cette réunion n'était pas fondée, a confié une source policière.