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Le président de la Catalogne Carles Puigdemont a annoncé mardi sa volonté de déclarer l'indépendance de la Catalogne lors d'un discours prononcé devant le parlement de la communauté autonome espagnole. 

Il a dans la foulée lancé un appel au dialogue avec Madrid, demandant une médiation internationale. "Nous allons appliquer le mandat du peuple pour que la Catalogne devienne un Etat indépendant", a annoncé le président de la Catalogne Carles Puigdemont à la tribune du parlement de Barcelone. "On a gagné le droit à obtenir l'indépendance", a-t-il ajouté, fortement applaudi par les députés.

Dans la foulée, M. Puigdemont a précisé qu'il "suspendait le processus" et a appelé au dialogue. "Nous sommes disposés à ouvrir le temps de dialogue. Des appels ont été lancés de par le monde. J'en appelle à la responsabilité de tous et je demande à l'UE de s'impliquer dans ce processus", a-t-il indiqué. "Le gouvernement catalan fait un geste de responsabilité. Nous nous en remettons au dialogue."

Un référendum jugé illégal par Madrid s'est tenu le 1er octobre en Catalogne. Il a été émaillé de violences policières. Les indépendantistes estiment l'avoir remporté avec 90,18% des suffrages et 43% de participation.

Depuis lors, le gouvernement espagnol du conservateur Mariano Rajoy n'entend pas reconnaître ce scrutin ni négocier un référendum légal sur l'indépendance.


Voici le texte complet pronocé par Carles Puigdemont:

"Je ne veux pas faire de menace, pas de chantage, a-t-il dit. Il faut que tout le monde assure sa part de responsabilité. Il faut détendre l'atmosphère. Je veux m'adresser à l'ensemble de la population, à ceux qui se sont mobilisés, pour ou contre, mais aussi ceux qui ne se sont pas mobilisés. Nous ne formons qu'un seul peuple et devons continuer à le faire ensemble. C'est notre histoire. Nous avons déjà démontré qu'il n'y avait qu'une seule façon d'avancer : avec la démocratie et le dialogue. On doit respecter ceux qui pensent différemment et prôner le dialogue. Comme vous pouvez le penser, il y a beaucoup de tension. Beaucoup de gens m'ont suggéréde faire ou de ne pas faire certaines choses. Je les remercie pour leurs conseils. Je reconnais que leurs arguments étaient valables, valaient la peine d'être écoutés.

Ce que je veux vous exposer aujourd'hui n'est pas une décision personnelle mais le résultat du référendum du 1er octobre. Aujourd'hui, c'est le moment de parler de ces résultats. Ce dimanche 1er octobre, la Catalogne a organisé un réferendum dans des conditions extrêmement difficile. C'est la première fois que les Catalans étaient agressés alors qu'ils voulaient voter. La guardia civil a violenté des gens sans défense obligeant les secours à intervenir. Le monde entier a vu ces images. Ces volontés d'empêcher le vote a eu un effet contraire. Plus de 2 millions de personnes ont été voter. On ne sait pas combien n'y sont pas parvenues. On sait que des bureaux de vote ont été fermés de force. Peut-être que 700.000 personnes n'ont pas pu aller voter.

Malgré tout ce qui a été mis en place pour éviter ce réferendum, la fermeture des sites web, les Catalans ont pu exprimer leur voix. Je veux remercier les Catalans qui ont fait de ce scrutin un succès y compris ceux qui ont stocké des bulletins chez eux pour protéger le référendum.

Nous n'oublierons jamais ces images de violence policière que nous avons dénoncé. L'Etat a mis une pression sur la société catalane. Et nous sommes conscients que beaucoup de gens sont préoccupés par cette situation. La violence gratuite, et la décision de quelques entreprises de déménager leur siège social (des décisions qui n'ont aucun effet sur notre économie). A toutes les personnes qui ont peur, je veux envoyer un message de compassion, d'empathie, de sérénité, de confiance. La Catalogne ne va pas dévier de sa politique économique. Je suis responsable de cela.

Beaucoup de gens nous regardent aujourd'hui, dans le monde entier. Nous sommes ici aujourd'hui car depuis la mort du dictateur Franco, la Catalogne a été plus que le moteur économique de l'Espagne. Mais aussi un facteur de modernisation. La Catalogne s'est impliquée à fond dans ce processus démocratique, pour le retour de la démocratie en Espagne. Mais après 40 ans de transition, nous avons vu que la constitution n'était plus un point de départ, mais un point d'arrivée. Le système n'a pas évolué comme a évolué la Catalogne. Et devant ce constat, en 1998, une grande majorité de députés de Catalogne, a approuvé une proposition de statut d'autonomie. Un statut envoyé à l'Etat madrilène. Celui-ci a lancé une campagne anti-Catalan. Mais malgré tout, ce nouveau statut a été approuvé par les Catalans. En 2002, un tribunal a décidé de changer ce statut. Et malgré le fait que nous ayons respecté la constitution, toutes les étapes qui y sont incluses. Malgré la participation du vote populaire, malgré le soutien de 88 députés catalans, malgré tout ça, l'action madrilène a rendu notre texte méconnaissable. Il a été amputé de deux articles clés. La Catalogne voulait modifier son statut par la voie juridique, cela n'a pas été possible. Le gouvernement de Madrid a tout fait pour centraliser le pouvoir. Nos compétences ont été rognées, qu'elles soient économiques ou autre. Tout cela a eu un impact très profond sur la société catalane. A tel point que des millions de citoyens en sont arrivés à la conclusion que la seule façon d'assurer la survie de la société catalane était de faire de la Catalogne un État. Les résultats du référendum le confirment. Ici, tout le monde s'est mis d'accord que le futur de la Catalogne devant être décidé par un réferendum.

A plusieurs reprises, les autorités catalanes ont ouvert un dialogue avec Madrid pour organiser un référendum dans lequel les deux parties pourraient faire campagne et exposer leurs arguments. Un référendum dans lequel les deux parties pourraient se mettre d'accord pour accepter le résultat. Si cela pouvait se faire dans une démocratie, comme au Royaume-Uni, l'une des plus anciennes démocraties au monde, pourquoi cela ne serait pas possible chez nous ? Finalement, cela n'a pas été possible chez nous. Et il y a même eu la répression policière par la suite.

Nous avons voulu permettre ce débat sur le référendum. Et nous avons eu de la répression, pour empêcher ce débat. Et ceux qui ont organisé ce réferendum sont aujourd'hui passibles de 15 ans de prison. C'est ça la réponse du gouvernement ? C'est ça la réponse à la majorité catalane qui demande juste depuis des années de pouvoir décider ? Il n'y a pas une seule insitution qui a accepté de négocier, pas même la Monarchie.

Je veux maintenant m'adresser à la population catalane. Un message de respect comme ça a toujours été le cas. Et pour le bien de tous, je vais vous demander un effort.

Nous ne sommes pas délinquants, des fous. Nous ne voulons pas un coup d'état. Nous sommes des gens normaux qui voulons voter ! Nous n'avons rien contre l'Espagne et les Espagnols, bien au contraire. Nous voulons être compris. Cela fait des années que la relation ne marche plus et que rien n'a été fait pour améliorer la situation. On ne peut pas être contraints à ce statut quo. Il y a une démocratie qui va au-delà de la Constitution.

Avec le résultat du 1er octobre, la Catalogne s'est donné le droit d'être indépendante. Grâce à cela, aujourd'hui, la Catalogne est écoutée et respectée. Nous avons eu la majorité absolue après les élections et nous avons gagné le référendum. La population a dit oui. Et c'est le schéma que j'avais promis. Comme le dit la loi du référendum, deux jours après ce référendum, si le nombre de oui est supérieur au nombre de non, le Parlement tient une session pour déclarer l'indépendance. C'est ce que nous nous sommes engagés à faire. Et aujourd'hui, avec le mandat du peuple, je demande à ce que la Catalogne soit un État indépendant.

Nous proposons donc au Parlement d'entreprendre, de trouver une solution dans les prochaines semaines. Car les résultats demandent d'être pris en compte.Vous le savez tous, depuis le référendum, nous avons eu des médiations, publiques ou non. L'appel au dialogue et à la non-violence a été écouté partout dans le monde. Je fais appel à la responsabilité de tout le monde. Je demande aux Catalans de s'exprimer, comme ils l'ont fait, de respecter ceux qui l'ont fait différement. Je demande aux entreprises de ne pas faire peur aux gens. Je demande aux hommes politiques, aux médias, de faire également un effort en ce sens. Je demande aussi au gouvernement de Madrid qu'il accepte la médiation et qu'il arrête les violences. Je demande à l'Union qu'elle joue son rôle de médiatrice.

Et je suis convaincu que si tout le monde joue son rôle, le conflit de la Catalogne peut se résoudre de manière sereine pour faire de la Catalogne une terre d'avenir."