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Les pays en voie de développement ne voient pas cette nouvelle mesure pour l'immigration d'un très bon oeil

LONDRES Le projet européen de carte bleue, destiné à encourager l'immigration dans l'Union européenne de travailleurs hautement qualifiés, risque de priver les pays en voie de développement de compétences dont ils ont parfois cruellement besoin, selon des responsables et des ONG. Ce système, calqué sur la carte verte délivrée par les États-Unis, vise à rendre l'UE plus attractive pour des étrangers dotés de compétences recherchés en Europe, par exemple dans les domaines technologique et hospitalier, pour pallier un manque de main-d'oeuvre qualifiée.

Permis de travailet regroupement familial

Si elle est adoptée à l'unanimité par les gouvernements des Vingt-sept - des pays comme l'Allemagne et l'Autriche sont réticents -, les cerveaux de pays tiers obtiendront rapidement un permis de séjour et de travail ainsi que le droit au regroupement familial. Selon des experts, ce système accentuerait la fuite des cerveaux que connaissent les pays en voie de développement et entraverait l'amélioration de leurs systèmes de santé.

L'argent envoyé par les travailleurs étrangers à leurs familles restées au pays constitue une ressource précieuse, mais beaucoup jugent néanmoins très dangereux, à long terme, l'effet global de la fuite des cerveaux. Pour le ministre sud-africain des Finances, Trevor Manuel, ce processus est une "spirale aggravante qui s'auto-entretient". Le ministre libérien de la Santé, Walter Gwenigale, estime que le projet de "carte bleue" pourrait rendre quasi impossible la reconstruction du système de santé du pays après des années de guerre.

La Commission européenne assure que le projet, présenté mardi, comporte des mesures destinées à limiter les effets pervers de la fuite des cerveaux, notamment en Afrique. Ainsi, des normes seraient édictées pour freiner le recrutement de personnel hautement qualifié dans certains secteurs sensibles. Après deux ans de travail régulier dans un pays, le travailleur pourrait se déplacer librement dans toute l'UE. Il pourrait également rentrer dans son pays d'origine puis revenir en Europe, ce qui éviterait la tentation de rester en Europe de manière permanente de peur de ne pouvoir y effectuer son retour quelques années plus tard.



© La Dernière Heure 2007